20090105

l'Histoire de la longue durée

L'aire culturelle européenne. L’exemple de l'Histoire de la longue durée.
Josette Delluc, historienne
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Lorsqu'en 2005 Jean Clair conçoit pour le Grand Palais, la belle exposition sur la Mélancolie : « affection connue depuis l'Antiquité et aujourd'hui nommée dépression », il choisit ce thème parce qu'il invite à « une profonde histoire culturelle de l'occident » (in Catalogue de l'exposition). L'accrochage chronologique (de l'Antiquité à la fin du XXe siècle) donne à voir des œuvres des différents pays européens et permet de confirmer que tous furent traversés par les mêmes courants de pensée, bouleversés par les mêmes découvertes scientifiques. L'étude de la question des sentiments de l'homme au XIXe siècle, à partir des tourments du romantisme jusqu'à la découverte de l'inconscient par la psychanalyse, est un des exemples qui met à jour l'existence d'un ensemble culturel. Tous ces pays ont connu une évolution intellectuelle et artistique parallèle, cette histoire construite au cours des siècles constitue notre héritage, notre identité.
Alors qu'au début du XXIe siècle l'espace mondial est qualifié de globalisé, il est intéressant de remarquer que malgré tout, l'aire culturelle européenne résiste, c'est ce que nous pouvons tenter de démontrer en appuyant notre réflexion sur l'exemple de l'art vu depuis Paris.
Le premier aspect unificateur de cet espace a pour fondement le pilier de l'Antiquité : les Européens sont, aujourd'hui encore, des enfants de la Grèce. Cette réalité est manifeste autant dans nos choix individuels que dans les propositions institutionnelles. Il en est ainsi de la vivacité, qui semble éternelle, du mythe de Prométhée. La Cité de la Musique à Paris a programmé le 26 mars 2008, trois extraits d'œuvres qui s'y réfèrent : Les Créatures de Prométhée op. 43 de Ludwig van Beethoven, Prométhée ou le Poème du feu op. 60 d' Alexandre Scriabine et un extrait de l'opéra Prometeo de Luigi Nono. Chaque musicien confronté au travail de création réinvente ce mythe pour traduire sa propre préoccupation et émet une proposition personnelle. Ludwig van Beethoven en période révolutionnaire (l'œuvre est créée à Vienne en 1801) confie à l'homme émancipé son propre destin. A Moscou, un siècle plus tard en 1911, Alexandre Scriabine, proche des milieux de la théosophie, s'oppose à ce rationalisme et favorise le mystère. L'opéra de Luigi Nono à la fin du XXe siècle (1984 à Venise et création définitive en 1985 à Milan) est servi par le livret de Massimo Cacciari, d'après Walter Benjamin, Eschyle, Euripide, Johann Wolfgang von Goethe, Hérodote, Hésiode, Friedrich Hölderlin, Pindare, Arnold Schönberg et Sophocle. Ainsi ont été convoqués histoire et mythologie, textes philosophiques et poétiques, écriture musicale pour exprimer la lutte contre «le désert» et la stérilité, pendant le travail d'élaboration, puis son aboutissement : «la mesure du temps se comble», «écoute, écoute», la partition peut-être enfin jouée.
Ce concert rappelle la puissance de la pensée grecque et pour poser la question de l'homme face à la réalisation artistique, il met en perspective la réponse à des siècles différents de trois musiciens qui retournent aux sources pour se démarquer ensuite de la tradition par leur technique d'expression. La culture classique reçue en héritage est fondatrice de création, à chaque époque les artistes européens inventent une nouvelle écriture parfois révolutionnaire, mais, issue de la même histoire, c'est pourquoi leurs œuvres présentent un lien de parenté.
Le second pilier de notre culture occidentale est son fondement judéo-chrétien, «L'Église ...le plus ancien fournisseur des musées de France» rappelle Jean Clair[1]. Le retable d'Issenheim ou les crucifixions de Cimabue sont de très beaux exemples des commandes faites aux artistes par le pouvoir religieux à une époque où les œuvres étaient données aux fidèles comme illustration du discours du prêtre. Au XXe siècle la démarche des peintres qui reprennent le thème de la crucifixion est spontanée, car détachée de la religion, elle se présente comme un exercice académique, ou, une volonté de se mesurer aux maîtres du passé, en s'inscrivant dans leur continuité. La filiation peut-être confirmée par la suggestion de Gilles Deleuze[2] : «Il y a dans le christianisme un germe d'athéisme tranquille qui va nourrir la peinture; le peintre peut facilement être indifférent au sujet religieux qu'il est chargé de représenter». Le thème de la crucifixion au delà de sa signification théologique permet d'exprimer la mort, la douleur des proches, et, est aussi prétexte à travailler l'anatomie, en ce sens il est universel. Pablo Picasso dans sa Crucifixion datant de 1930 insère différentes scènes reconnaissables de la Passion alors que les personnages sont dessinés à sa manière novatrice : petite tête, corps disproportionnés et désarticulés. Par ailleurs dans son émission Palette de 1993 Alain Jaubert démontre que le peintre s'inspire pour cette toile de l'enluminure de l'Apocalypse de Saint-Sever du onzième siècle, après avoir lu l'article que lui a consacré Georges Bataille, en mai 1929, dans le numéro 2 de la revue Documents. De même, dès 1933, parallèlement à Picasso, Francis Bacon pour qui la représentation du corps est sujet quasi obsessionnel, peint une crucifixion. Lui aussi inscrit son travail en référence aux créations antérieures, la puissance de la musculature évoque Michel-Ange et le mouvement reprend les photographies d'Edward Muybridge. Ainsi, dans notre société laïcisée l'artiste selon son écriture, met en résonance ses créations et celles du passé sans ignorer l'art religieux. C'est le cas de Patrick Saytour qui en juin 2007, investit le Carré sainte Anne de Montpellier, non comme un lieu d'exposition neutre mais au contraire en tant qu' église, c'est cet ancien espace rituel qu'il transforme et s'approprie. Éloigné de tout projet religieux, il détourne la parole du culte et choisit comme titre:«croisé et multiplié». Son intervention transforme et agrandit le bâtiment par un jeu de miroirs et l'érection d'une nouvelle série de colonnes ajoute une travée. En décor mural, la multiplication de croix peintes, fidèles à la symbolique du lieu, achève la métamorphose. Ironie et dérision sont les armes de l'artiste pour entraîner le visiteur dans la quête du Vrai et du Faux, et non comme autrefois en ce lieu, dans celle du Bien et du Mal.
L'Europe a reçu un riche héritage culturel qui constitue toujours le fondement de la réflexion et de la création, nous pouvons tenter de présenter quelques facteurs de conservation et de transmission de ces valeurs.
Ce sont, bien sur, les voyages des artistes qui ont permis de tisser des liens entre pays. Pierre Rosenberg [3] a étudié «les relations artistiques entre la France et l'Italie». Il montre les commandes
données aux Italiens en France, tel Alessandro Turchi qui réalisa en 1621«La résurrection du Christ»dans la cathédrale Saint André de Bordeaux. Quant aux Français, ils vont apprendre auprès des artistes italiens, c'est l'exemple de Pierre Dumonstier dont le dessin d' une main droite féminine tenant un pinceau, honore Artémisia Gentileschi qui était peintre. Ce croquis est attachant par sa finesse et sa délicatesse, il traduit le respect voire la tendresse de Dumonstier pour Artémise et Pierre Rosenberg insiste sur l'intérêt historique du document : l'inscription précisant le lieu et la date prouve que Artémise vivait à Rome en 1625, et que Dumonstier y était en voyage avant d'y retourner en 1629,1633, 1642, et 1648. Ces échanges contribuent à former un art européen, à tel point que l'ancien président-directeur de l'établissement public du musée du Louvre peut interroger : « Ribera peintre italien ou peintre espagnol ? »
D'autre part les collections, bien que constituées par les princes ou les rois sont rarement nationales. Le Louvre a présenté «Les dessins du musée de Darmstadt, portrait d'une collection» cette exposition peut permettre de comprendre la diversité de l'origine des fonds artistiques des institutions en Europe. La collection d'arts graphiques du musée de Darmstadt est immense, quarante mille feuilles sont inventoriées. Elle fut entamée par Ludwig Ier futur Grand Duc de Hesse dès 1800, elle compte alors des estampes d'artistes tels Dürer ou Rembrandt; en 1812 une autre collection est rachetée soit mille quatre cent cinquante neuf dessins italiens, français, allemands et hollandais. Puis rejoindront ce fonds des dessins de peintres d'Allemagne du sud du XIXe siècle, d'expressionnistes allemands, des dessins allemands et américains des années mille neuf cent soixante dix. Enfin des acquisitions et donations complèteront ensuite cet ensemble, dont des dessins de Joseph Beuys. Nous avons ainsi l'exemple d'un des cabinets d'arts graphiques les plus riches d'Europe, qui conserve des feuilles de toutes les écoles et de toutes les époques, des maîtres les plus anciens aux contemporains. De tels fonds permettent de découvrir les évolutions au cours des siècles, et, sans voyager, de connaître la production au delà des frontières. Ainsi est donnée une histoire de l'art qui nous est propre, elle reste essentielle à la création aujourd'hui. Au Louvre, musée gardien des productions anciennes, Marie-Laure Bernadac invite des artistes contemporains en «Contrepoint» sans nul doute parce qu'ils sont nourris du passé et qu'ils revendiquent cette Histoire devenue leur histoire. Christian Boltanski dont le thème de travail est la mémoire, exprime le souvenir par des objets du quotidien, comme des photographies d'instants heureux. En 2004, il choisit pour exposer, de s'installer dans la partie la plus ancienne, le Louvre médiéval, pour présenter dans des vitrines les «objets perdus» du musée et ses propres objets perdus-retrouvés : ses anciens jouets reconstitués. L'italien Giuseppe Penone qui réfléchit sur la trace, l'empreinte, travaille ces dernières années sur le thème de l'arbre; il dresse, en 2007, deux immenses troncs aux côtés des sculptures de la cour Puget. Comment ne pas y voir un hommage aux racines de notre culture?
Par ailleurs, l'Europe fut dominatrice, elle a assuré son rayonnement culturel. La première vague de colonisation a conquis dès le XVIe siècle des territoires peu peuplés, c'est pourquoi nos langues, et par là même notre culture ont été imposées progressivement à l'ensemble du continent américain et plus tard en Australie. Ainsi s'est constituée une aire de civilisation occidentale. Après la décolonisation notre influence s'est amoindrie sur les continents asiatique et africain qui souhaitaient préserver leur identité. C'est ainsi que la Terre est fractionnée en différentes aires de civilisations qui se côtoient telles des plaques tectoniques, et, comme elles, elles peuvent être cartographiées. Mais les limites de ces espaces sont floues, le périmètre mobile. Les planisphères d' Yves Lacoste, Gérard Chaliand ou Samuel Huntington varient selon la position idéologique du propos qu'ils illustrent. Il est vrai que l'histoire a parfois bouleversé la logique géographique, ainsi le Japon, sous la coupe américaine depuis sa défaite de 1945, s'occidentalise, c'est pourquoi, l'écrivain Kenzaburo Oe peut décrire à la fois son attachement à sa culture et sa proximité avec notre littérature. Au contraire, les régimes totalitaires dont la nature est le contrôle par l'État de la politique, l'économie, la société et même les esprits, ont avec l'usage de la propagande et de la censure asséché la créativité et interdit les échanges. Le Maoïsme a donc accentué la séparation de la Chine avec le reste du monde, comme le Stalinisme a, après la splendide période créatrice du début de la révolution russe, imposé le réalisme socialiste et rompu avec l'Europe. Aujourd'hui les «murs» sont tombés, l'Europe a retrouvé ses anciennes frontières, renforçant la perception d'un espace culturel construit.
La vivacité de cet ensemble est manifeste, nous adhérons avec bonheur aux expositions comme celle qui, au Louvre, présente le destin de l'œuvre de Praxitèle ou celle qui étudie la puissance de Babylone. Toutes deux retracent l'histoire de notre héritage artistique, depuis l'Antiquité, dans un monde méditerranéen. La célébration de notre passé est nécessaire, cependant, elle demande aussi de la vigilance face au risque d’ethnocentrisme, certains «murs» ayant peut-être résisté.
Pourtant plusieurs faits attestent d'un intérêt ancien pour l'étranger. En ce sens des cabinets de curiosité ont recueilli dès le XVIe siècle les découvertes ramenées des voyages de plus en plus lointains, coquillages, roches, végétaux objets usuels ou rituels de civilisations inconnues. Krzysztof Pomian[4] analyse le désir de milliers de collectionneurs, amateurs de connaissance et de rêve qui recherchent dans ces merveilles la rareté et l'extraordinaire, hors de l'espace habituel et de ses références. Dans cette volonté d'ouverture, et alors que le rêve de l'Orientalisme a développé au XIXe siècle l'imaginaire des artistes, nous pouvons constater une action plus concrète des États. Pour sa part, la France, pays colonisateur, a souvent méprisé les peuples qu'elle dominait, mais elle a tenté de jouer auprès d'eux un rôle d'éducateur et protecteur. Elle crée l'Ecole Française d'Extrême Orient dès 1900, soit très rapidement après la conquête de l'Indochine. De son siège d'Hanoï cette institution encourage d'une part, le séjour de chercheurs et la prise en charge de l'inventaire et d'autre part la préservation du patrimoine culturel. Dès 1907 elle reçoit la charge de la conservation du site d'Angkor et est à l'origine de la création de plusieurs musées. Le bilan est positif car malgré les soubresauts de l'histoire mondiale et asiatique l'Ecole Française d'Extrême Orient a maintenu son existence dans la région et a même essaimé, ces dernières années à Jakarta, Kyoto, Séoul ou Pékin. Mais cet exemple semble singulier si l'on compare avec l'Afrique où, excepté le cas particulier de l'Ecole du Caire fondée en 1880, aucune Mission permanente n'a été créée sur ce continent alors que notre présence politique y fut longtemps imposée. A cette période la France est à la traîne car du moins les autres pays coloniaux comme la Grande Bretagne, les Pays Bas, l'Allemagne y organisaient-ils de nombreuses enquêtes de terrain. Les ethnologues français ne travaillaient le plus souvent qu'à partir d'informations rapportées par des non spécialistes : militaires, administrateurs des colonies, missionnaires, voyageurs. C'est sous l'impulsion de Paul Rivet, directeur du musée d'ethnographie du Trocadéro et de Georges Henri Rivière que la Mission ethnographique et linguistique Dakar Djibouti mène enfin les chercheurs in situ de 1931 à 1933, sous la direction de Marcel Griaule. Michel Leiris participe à cette entreprise avec une double fonction : il en est le secrétaire archiviste et M Griaule lui confie les enquêtes sur «des sociétés d'enfants, des sociétés séniles et des institutions religieuses. Parallèlement à ce travail, il rédige ses réflexions quotidiennes : ses joies, ses inquiétudes d'ordre intime ou ses questionnements philosophiques et intellectuels. Il témoigne de la difficulté à appréhender l'inconnu. Ethnologue peu aguerri, il maîtrise mal des études complexes comme celle de la Possession chez les Dogons. Lorsqu'il publie en 1934 ce qu'il appelle son «carnet de route»le titre qu'il choisi pour cet ouvrage : «L'Afrique fantôme»[5], traduit l'insatisfaction ressentie à l'issue de cette aventure qu'il avait tant désirée, et, le mal-être éprouvé au sein d'une civilisation qui lui est restée étrangère.
Dès le Moyen Age les marges de notre territoire européen sont touchées par des influences voisines, l'Espagne conserve après la Reconquête des acquis de l'art islamique et les peintres vénitiens qui représentent leurs diplomates et marchands reçus au Caire ou à Damas, modifient leur technique au contact de l'imagerie orientale. Passionné par la création dans le monde, il y a déjà plus d'un demi siècle, André Malraux [6] établissait des correspondances entre les sculptures monumentales d'Asie et d'Europe, qu'en est-il de cette perception aujourd'hui ? Les créateurs européens s'intéressent-ils aux modes d'expression des autres cultures? Comment le public les reçoit-il ?
Après des relations Nord-Sud, longtemps conflictuelles, la multiplication des échanges permet d'établir des liens nouveaux, pourtant le sentiment d 'incommunicabilité est durable. Notons qu'en 1989, le Centre Pompidou/Mnam présente une magnifique exposition nommée : «les Magiciens de la terre». A l'initiative de Jean Hubert Martin elle rassemble dit-il «les œuvres de cent artistes contemporains, les uns appartenant au monde artistique occidental ou fortement occidentalisé (ainsi la Corée du sud) les autres appartenant à celui des arts dits «archaïques ou «premiers», celui du «tiers monde» auxquels la qualité de contemporain est refusée, comme si leurs auteurs n'étaient pas vivants, comme s'ils agissaient de fantômes ravivant de vieilles civilisations jamais englouties.» (in catalogue de l'exposition). Cette fois ci ce ne sont plus les Européens qui vont explorer les continents dont les peuples avaient étaient qualifiés «d'inférieurs», mais au contraire, les artistes de ces pays sont invités à venir présenter et confronter leurs créations avec celles des Occidentaux, à égalité avec eux. Ce qui est frappant est le fait que, 50 ans plus tard, JH Martin reprenne le terme de Michel Leiris : «fantôme», comme pour marquer que la situation est inchangée. Lui cherche à inventer une solution pour établir enfin un véritable pont entre le Nord et le Sud. Il réitère cette tentative en organisant en 2005 l'exposition du Centre Pompidou «Africa Remix» consacrée aux artistes africains. Quel est l'enseignement de ces deux expositions Nord-Sud ? Il est évident que la réussite des échanges artistiques au delà des océans est maintenant assurée par l'utilisation des mêmes techniques : la photographie, la vidéo ou le cinéma. Ces différents vecteurs internationalisés peuvent transmettre des images, des contes, des propos politiques accessibles à tous. Cependant si JH Martin est un passeur qui met en évidence de réelles résonances entre le monde occidental et les autres cultures, les limites sont vite perçues. «Les Magiciens de la terre» prouvent par exemple que la production de sculptures de pierre (stéatite ou serpentine) des Inuit, s'intègre à nos codes : nous pouvons les classifier et les qualifier d'art minimaliste, les faire nôtres. Mais il n'en reste pas moins, qu'il est bien difficile d'accéder au cœur de l'art «traditionnel», c'est pourquoi les peintures au sol que les Aborigènes dessinent à Paris, nous enchantent par leur tracé et leurs couleurs, mais l'espace sacré qu'elles délimitent est pour nous vide de sens.
Nous devons alors nous interroger sur notre capacité à comprendre les œuvres issues d'Afrique, d'Asie ou d'Océanie avec notre formation classique? Très vite les Européens sont confrontés à la question de l'exposition des objets collectés, comment présenter un outil, un instrument de musique, faut-il les montrer en état de marche? Ce débat est ancien il devient plus complexe lorsqu'il concerne les rites, et fut amplifié en France lors de l'ouverture, au milieu de l'année 2006, du Musée du Quai Branly, l'impossibilité de s'entendre pour nommer cet établissement a concrétisé ce malaise. En plus si nous considérons que pour étudier ces objets, sont associés : ethnologues, anthropologues, sociologues mais aussi géographes et historiens; il est aisé de comprendre que le simple visiteur est désarmé : quelle est la nature des ces objets? Comment les regarder? N'en considérer que l'aspect esthétique est sans doute réducteur mais nos connaissances ne nous permettent toujours d' aller au delà. Certes, nous pouvons, pour comparer , rappeler que l'étude de la recherche mathématique de Kasimir Malévitch n'est pas indispensable pour comprendre l'évolution de sa peinture et le «suprématisme» , mais l'argument reste insatisfaisant.
Ce même problème est posé par l'exposition organisée au Louvre au troisième trimestre 2007 intitulée : «Le chant du monde. L'art de l'Iran safavide 1501-1736». Les splendeurs de cet âge d'or peuvent être admirées mais ne sont réellement accessibles qu'au spécialiste ou à l'érudit, l'aide du catalogue et des conférences parallèles s'avère indispensable pour les autres. Par contre à la même date étaient présentés «Les chefs-d'œuvre islamiques de l'Aga Khan Museum», pour cette exposition les liens entre Moyen Orient et d'une part l'Occident d'autre part l'Extrême-Orient sont démontrés, les diverses influences rappelées, comme l'apport par l'Ouest de la perspective, ce qui induit un schéma lisible pour le visiteur qui peut apprécier la richesse des créations dans l'immense Empire musulman.
Un Européen est donc apte à franchir les limites de son aire culturelle.
Rappelons que ce fut le cas de Picasso, en effet, dans la Crucifixion de 1930, évoquée plus haut, non seulement nous discernons un rappel à l'enluminure de Saint-Sever, mais en outre nous y reconnaissons l'évocation de masques africains ou océaniens. Picasso qui a beaucoup appris au Louvre,découvre «l'art primitif» au Musée Ethnographique du Trocadéro à l'instant même où il élabore les principes du cubisme dans son travail préparatoire pour «Les Demoiselles d'Avignon» . Dans sa recherche sur la géométrisation des corps, il s'approprie ces masques, formes stylisées du visage, les interprète et les intègre à son œuvre qui révolutionne l'histoire de l'art.
Transgresser son aire culturelle, comme Picasso, en affirmant sa personnalité n'est pas chose facile ni fréquente. Après lui les Dadaïstes face à l'horreur de la Première Guerre mondiale rejettent nos valeurs bafouées, et curieux de l'étrange, découvrent eux aussi une grande liberté d'expression au contact des arts dits aujourd'hui «premiers», l'effet fut formidable et le dessin occidental totalement renouvelé. Aujourd'hui à part des exceptions comme le peintre Miquel Barcelo, qui choisit d'affronter la lumière et la matière de la terre du Mali, les artistes plasticiens préfèrent travailler dans leur propre territoire riche d'un patrimoine domestiqué.
Sans doute les écrivains sont-ils plus nombreux à jouer avec les frontières culturelles. Parmi eux, Marguerite Yourcenar.[7] qui semble éprouver autant de plaisir à faire revivre Hadrien, qu'à décrire, avec poésie, les mœurs ou les peintures asiatiques dans les «Nouvelles Orientales». Jean Marie Le Clézio à la recherche de cultures étrangères, se plaît, lui aussi, à situer ses romans dans des sociétés et des paysages océaniens, africains ou sud américains. Citons en outre, l'intérêt de Bruce Chatwin pour la découverte de l'Autre, comme son parcours australien à la rencontre des Aborigènes[8]. En ce sens Edgar Morin à l'auditorium du Louvre le 3 décembre 2007 réaffirme son refus de l'exclusion et rappelle que pour lui la frontière est liaison; c'est un des aspects développés dans son travail intitulé « La Méthode »[9] auquel Anselm Kiefer se réfère lorsqu'il réalise la peinture commandée pour le Louvre et inaugurée à la fin de l'année 2007. Ces artistes ou penseurs témoignent de la capacité à dépasser les limites des aires culturelles.
Nous pourrions croire que la mondialisation a modifié l'équilibre du passé. Alors que les romans d'aventure décrivaient à la fin du XIXe siècle les paysages extraordinaires de pays lointains et inaccessibles, aujourd'hui les reportages et les images publicitaires font rêver d'une nature primitive ouverte au tourisme de masse. D'autre part avec la multiplication des échanges et la fin de la rareté, les cabinets de curiosités ont perdu leur raison d'être, dorénavant les importations offrent aux consommateurs occidentaux la possibilité d'acquérir divers objets de décoration ou d'ameublement totalement exotiques. Du monde entier proviennent des biens de consommation crées pour d'autres modes de vie qui sont adoptés par les Occidentaux. Le phénomène entamé depuis la création de la Compagnie française des Indes orientales est considérablement amplifié. Toutefois, nos portes sont ouvertes à des marchandises industrielles ou artisanales plutôt qu'à des productions artistiques. Notons par contre la place singulière du Japon, un siècle après la vague du Japonisme ce sont les principes de la sobre et élégante architecture nipponne qui inspirent nos bâtisseurs, et les classiques mangas qui impressionnent nos dessinateurs . Cependant à l'échelle mondiale l'impérialisme de notre culture est maintenu, celle-ci est attractive pour les autres populations et n'a rien perdu de sa puissance. Nous n'ouvrirons pas ici le débat sur l'implantation du Louvre à Abou Dhabi, mais nous évoquerons le fait que les peintures chinoises ou russes proposées dans nos galeries remportent un grand succès lorsqu'elles empruntent les techniques américaines des années 1970, comme si le modèle occidental assurait la reconnaissance des collectionneurs et des critiques. A l'inverse, il semble que le public asiatique soit ouvert à la diversité, et prêt à fournir l'effort que cette démarche implique. Nombreux sont les programmes des concerts ou opéras qui affichent les noms de nos grands compositeurs joués par des interprètes japonais, chinois ou coréens. Chez nous, ce n'est qu'après un grand travail d'adaptation que le metteur en scène américain Peter Sellars peut présenter en 1998 à Bobigny (MC 93) l'opéra chinois du XVIe siècle«le Pavillon aux pivoines», ce type de spectacle qui fait découvrir la musique traditionnelle chinoise est rare, encore a-t- il été occidentalisé pour capter notre intérêt. Et lorsque le théâtre japonais Nô est joué en France, il n'exerce aucune influence sur les productions suivantes. Il s'avère donc que, alors que les frontières économiques sont progressivement supprimées, les barrières culturelles résistent. Nous devons constater en Europe, un grand respect de l'Autre, attestée par exemple, par la fréquentation du musée du quai Branly , mais aussi une absence de perméabilité et un rejet sans doute inconscient face à d'éventuelles possibilités de syncrétisme.
Notre histoire politique et économique, l'évolution des idées, des sciences et des techniques ont constitué une entité culturelle européenne aux caractéristiques régionales nettement marquées, et particulièrement visibles dans les villes : Rome, Paris, Munich,Vienne, qui sont les pôles de création et de conservation artistiques. Nous bénéficions pour évoluer dans cet espace d'un appareil cognitif : repères, codes, références permettant de créer, d'analyser et d'adhérer ou non à une œuvre. Formés par une éducation dite classique, nous reconnaissons, cet héritage comme cadre de notre pensée et constitutif de notre identité . Fernand Braudel [10]qui consacra une partie de son œuvre à définir l'identité de la France, était aussi épris de diversité, il affirmait dans son travail que les aires de civilisation étaient un phénomène essentiel de la richesse humaine, c'est lui qui avait démontré qu'elles étaient caractéristiques de la longue durée. C'est pourquoi même dans un monde globalisé ces espaces subsistent, ils sont à la fois le produit de l'histoire accomplie et le témoignage du temps présent. Ainsi, sommes-nous loin de l'uniformisation et de «la fin de l'histoire» envisagées par Francis Fukuyama[11]. Au contraire les aires culturelles sont multiples, elles se côtoient et comme des plaques tectoniques, elles se rapprochent ou s'éloignent, mais elles ne s'entrechoquent pas et ne provoquent pas les séismes annoncés par Samuel Huntington.[12]
Ces aires ne s'ignorent plus mais le « dialogue des cultures », s'il existe, n'entraîne pas de bouleversement dans l'art contemporain occidental. Peu nombreux sont les artistes qui cherchent hors de notre héritage classique les fondements de leurs œuvres.


[1] Clair, Jean. Malaise dans les musées. Paris: Flammarion, 2007.
[2] Deleuze, Gilles. Francis Bacon. Logique de la sensation. Paris: La Différence, 1984.
[3] Rosenberg, Pierre. De Raphaël à la Révolution. Les relations artistiques entre la France et l'Italie. Paris: Skira, 2005 (Bibliothèque d'Art).
4 Pomian, Krzystof. Collectionneurs, amateurs et curieux Paris , Venise XVIe-XVIIIe siècle. Paris: Gallimard 1987.
[5] Leiris, Michel. Miroir de l'Afrique. Paris: Gallimard 1995.
[6] Malraux, André. Le musée imaginaire de la sculpture mondiale. Paris: Gallimard, 1952-1954.
[7] Yourcenar, Marguerite. Nouvelles orientales. 1938. Paris: Gallimard/L'Imaginaire, 1978.
[8] Chatwin, Bruce . Le chant des pistes. Paris: Grasset, 1988.
[9] Morin, Edgar. La Méthode. Paris:Seuil/ Opus (2 volumes, 6 tomes) 2008.
[10] Braudel, Fernand. Article : Histoire des Civilisations: le passé explique le présent. Publié en 1959 dans l'encyclopédie française et repris dans Les Ambitions de l'Histoire,Paris : Editions de Fallois, 1997.
[11] Fukuyama, Françis. La fin de l'Histoire et le dernier homme, Paris: Flammarion.
[12] Huntington, Samuel P. Le choc des civilisations. Paris: Odile Jacob, 1997

20090104

Deutschland-Polska

Un manuel d’histoire germano-polonais.
C.R.
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Jetzt liegt der neue Band des gemeinsamen deutsch-französischen Geschichtsbuchs gedruckt vor, der die konfliktreiche Zeitspanne zwischen dem Wiener Kongress und 1945 beahndelt. Der Bevollmächtigte fûr die deutsch-französische kulturelle Zusammenarbeit, der Regierende Bürgermeister von Berlin Klaus Wowereit, und der Minister fûr Bildung der Republik Frankreich übergaben den druckfrischen zweiten Band des Werks am 9 April 2008 im Deutschen Historischen Museum in Berlin der öffentlichkeit. Unter dem Titel « Europa und die Welt vom Weiner Kongress bis 1945 » behandelt er eine für die Nachbarn besonders schwierige Epoche, die durch drei grosse Kreige geprägt ist. Angesichts dieser von Feindseligkeiten und Misstrauen geprägten Zeit wird die Bedeutung des heute erreichten Vertrauens und der Intensität der deutsch-französischen Beziehungen besonders deutlich.

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Écrire l’histoire, surtout à destination des plus jeunes, est toujours un exercice difficile et souvent lié à la politique. C’est renvoyer une image de nous mêmes, les gloires et les hontes, les victoires et les défaites, les coupables et les innoncents. Pour un même fait, qui est responsable ? Qui est responsable en partie ? Qui est responsable complètement ? Les deux premiers tomes du manuel d’histoire franco-allemand sont déjà disponibles. Le troisième tome est attendu pour 2009. Mais entre la France et l’Allemagne, cela fait 60 ans que l’on se réconcilie. Alors il fallait y penser mais les divergences étaient surmontables, même pour les traumatismes de la guerre.
Cette fois, c’est avec la Pologne que l’Allemagne a décidé d’écrire l’histoire, avec prudence. Le projet est à l’initiative du vice-chancelier et ministre allemand des Affaires étrangères Franz-Walter Steinmeier - SPD, social démocrate. Le premier volume englobe une période qui va du Moyen Âge au XVIIIe siècle et sera présenté en 2011. La Seconde Guerre mondiale a été soigneusement évitée, pour l’instant. Mais c’est déjà un grand pas pour ces deux États membres de l’Union européenne.
Alors que Donald Tusk est devenu le Premier ministre de Pologne en novembre 2007, les relations entre les deux voisins sont en voie de normalisation. Des relations qui reviennent de loin. Après le trou noir entre la RDA et la Pologne à l’époque du communisme, les deux pays n’ont repris le dialogue sur l’histoire qu’après la chute du mur en 1989. Un dialogue plus ou moins intense, plus ou moins facile aussi. À l’époque du Premier ministre conservateur Jaroslaw Kaczynski - son frère jumeaux, Lech, est toujours président -, il n’était pas rare que des rencontres bilatérales soient annulées au dernier moment. La Pologne reste sensible sur son passé et certains de ses politiques n’hésitent pas à faire vibrer la fibre nationaliste. Le projet de Berlin du mémorial dédié aux Allemands expulsés d’Europe centrale après 1945 avait cristallisé les tensions. Le gazoduc germano-russe avait aussi été vécu comme un affront en contournant la Pologne mais aussi les pays baltes.
Autant de sujets qui génèrent des tensions et promettent aux historiens de belles controverses. Espérons que ces initiatives ne s'arrêtent pas là pour que, enfin, l'histoire de l'Europe soit débarrassée des nationalismes d'un autre âge.

20090103

Grande Europe

Grande Europe : vous avez dit frontières ?

Revue de la Documentation française,
N° 1, Octobre 2008, Paris.
Voici le sommaire détaillé de la nouvelle publication de la Documentation française que nous conseillons à nos lecteurs de se procurer.
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1 - European Borders

A Conversation with Michel Foucher

Geographer and author of many books on borders, Michel Foucher first reiterates the concept of a Wider Europe’s debt to the Council of Europe, beginning with its real legal “meaning”. His approach does not, however, refrain from pointing out the wide differences in interpretation, depending on the country one is living in and whether it be within or outside the EU. On the inevitable question of Turkey’s and Russia’s future in Europe, the author replies that “in the eyes of Brussels, the European continent only makes sense with an articulation with 27-states European Union,” particularly important for these two large countries, heirs to powerful empires. He relies on facts and figures to point out that no other continent has experienced so many shifting borders, how the EU is endeavouring to deal with this challenge, the crisis between Russia and Georgia is once again putting Brussels to the test. The friable coexistence between openness (the emblematic example of the Schengen space), and new forms of partitioning (citing the no less symbolic case of the tensions in Belgium) provides an opportunity for reflecting on the fragilities of this pluralist Europe whose identity, according to our interviewee, merits an unambiguous response : yes the European identity does exist once one understands its fluctuating nature and the strength of its openness.

2 - Schengen, Free Space for the Circulation of Persons

The accords signed by five countries on June 14, 1985 creating a zone for the free movement of persons only came into effect ten years later. Following successive extensions, this zone now comprises 3.6 million kilometres populated by 400 million people in 24 countries, including two which are not part of the European Union (EU), Iceland and Norway. Belonging to Schengen space means to abolish police and customs formalities at all signatory state border crossings, but also to “compensate” for this measure by reinforcing border security outside the space, in particular by instituting a so-called Schengen visa which permits third country nationals to circulate freely in all the countries concerned, although the conditions for granting this have become increasingly stringent over the years. The tightening of controls, moreover, necessitates greater police and judicial cooperation between the states. They rely on the Schengen Information System (SIS) made available to all gendarmeries or police stations in the space which provides information on persons wanted, missing or forbidden entry, as well as on lost or stolen goods. This mainly repressive system cannot, however, provide a solution to the problem of illegal immigration, on which the countries of the EU have not been able to agree to a common policy.

3 - The European Neighbourhood Policy

The European Union only set up the European Neighbourhood Policy (ENP) in 2003, whose objective, primarily security, consisted in preventing conflicts along its borders by making it possible for neighboring states partially to integrate into the single European market and to consolidate political ties in exchange for structural reforms. The ENP was originally intended for new eastern European neighbors after the double enlargement of 2004-2007. However, at the request of France and Spain, it was extended to south Mediterranean countries, already members of the Barcelona Process, having maritime borders with the EU. Today, ten Mediterranean countries and six ex-Soviet nations are eligible. Russia, with which the EU shares its longest external border, declined the invitation to ENP membership, preferring a “strategic partnership”. To date, only twelve out of sixteen members have elaborated three to five year plans of action which set up priorities on reforms to be undertaken, a condition for European financial aid. This takes place through the European Neighbourhood and Partnership Instrument (ENPI), whose 2007-2013 budget is 11.181 billion Euros, with two-thirds to go to countries in the south. This may perhaps explain why insufficiencies in the ENP were brutally made evident during the Russo-Georgian crisis of the summer of 2008.

4 - Cross-border Cooperation
An Increasingly Well-Identified Object

Edith Lhomel

A term covering a wide range of relations between local authorities on both sides of the borders of European countries, the generous objective of cross-border cooperation (CC) is to transform national boundaries into just as many hinges. Areas of exchange and projects, some of these “cross-border areas,” given impetus by progress in the building of Europe (Single market, Schengen space, east European enlargement, European Neighbourhood Policy), have gradually taken on their own identity. Benefiting from the December 22, 1981, Madrid Convention, and, through the work of the Council of Europe, from an indispensable legal framework providing legitimacy and power, since 2006 the CC also uses a legal tool which, elaborated at the European level (European CC group), should enable it to resolve the headaches of existing diverse legislation and administrative divisions. Lastly, the role played by the fourth-generation Interreg program in the 2007-2013 Cohesion Policy, illustrates the desire on the part of the member states to increase the role of this proximity cooperation. Greater implication of local populations in the future of these areas, only progressively emerging from marginality, and the integration of the latter into national and European management policies remain to be achieved.

5 - The Basque Eurocity
The Dream of a European Class Metropolis

Céline Bayou

The aim of the Basque Eurocity, Bayonne – San Sebastian, created in 1993, is to transform an approximately fifty kilometer corridor into a medium-sized cross-border agglomeration, endowed with an efficient infrastructure. It is a question of both benefiting from the trend towards eliminating borders and preventing the marginalization of the area, a main artery between the Iberian Peninsula and the rest of the continent. However, despite efforts, the Eurocity is finding it difficult to implement its projects. It has, indeed, come up against difficulties which impede development : this area is known for the sharp socio-economic disparities on opposite sides of the border, with a populated and industrialized south and a less populated north turned towards service industries, particularly tourism. Levels of decentralization are different on both sides of the border, obliging organizations of diverse types and levels to work together. It is undeniable that political divides (particularly on the French side) often delay the implementation of some projects, while the actions of the Consorcio Bidasoa-Txingudi, a communal cross-border cooperation initiative, albeit a Eurocity member, seems to compete with the latter. Whereas a border culture persists in the area, the Eurocity has not yet managed to forge a real identity, as perhaps revealed by the absence of a common language.

6 - French Border Workers in Switzerland

Hervé Rayner

Shuttle migration between Switzerland and France is asymmetric : more than 100,000 French citizens cross the border daily to work compared to a few hundred Swiss in the opposite direction. Most of these border French arrive in the Geneva canton, mainly men employed in the tertiary sector who benefit from special work permits. Increasingly, they come from French areas far from the border, attracted by wages, which are definitely higher in Switzerland, despite seemingly dissuasive factors (length of the workweek, the high cost of health insurance, etc.). Their number has increased sharply over the last years, mainly because of Switzerland’s economic recovery but also with the implementation of accords between the latter and the European Union. That of 2002, in particular, put an end to the priority of Swiss citizens and residents on obtaining a labor contract. The border worker has had a positive effect on the Swiss (growth, tax receipts for the cantons) and French economies (reduced unemployment) but has also contributed to soaring real estate prices and congested infrastructures (transportation in particular), requiring increased cross-border institutional cooperation. * Doctor in Political Sciences, researcher in Osservatorio della Vita Politica, Bellizone (Suisse), member of Institut des sciences sociales du politique, CNRS/Paris X-Nanterre

7 - Italian Gorizia and Slovenian Nova Gorica 
A Reunified Bordertown

Jean-Arnault Dérens

No border, a least no material border, separates Gorizia-Nova Gorica : Slovenia’s 2004 EU entry, followed by Schengen space in 2007, led to the disappearance of one of the last signs of a geopolitical divide which had lasted over nearly half a century. Tossed back and forth through various conquests, the population, at a linguistic crossroads (Italian, German, Slovene), bears the scars of these traumatic events. Successively a Habsburg possession before its annexation to the Kingdom of Italy, then a Italo-Austrian war zone in 1914-1918, its Slovenian element was repressed by the fascist regime and its Italian community persecuted by Tito partisans. In 1947, the town was divided between Italy and socialist Yugoslavia, the Iron Curtain did, however, remain porous. As early as the 1960s, Gorizia had become “the shopping mall” for the Yugoslavs, while the desire to transcend a divided Europe and to identify with Mitteleuropa led to joint projects. The shopping frenzy has changed direction since 1991 as Slovenia is less expensive, and its casinos have become an attraction. Today, the city looks like an orphan on a border long a source of exchanges. Cross-border cooperation encouraged by Brussels is difficult to consolidate as the two parts of the city are competing more than cooperating while memory still remain a divisive subject. * Editor of Courrier des Balkans

20090102

A step forward

1 – Ouverture de frontières.

Nombre de problématiques développées en Inde, au Japon, en Afrique subsaharienne, en Amérique du Sud, attendent encore des traductions en français. Heureusement les signes d'un changement sont manifestes avec de nouvelles maisons d'édition et revues qui ont le courage de publier ces idées exprimées en dehors de l’Union. L'engagement procède de la résistance contre l’enfermement européen, mais aussi de l'étonnement et de la joie de découvrir d’autres pensées.

2 – Passage de frontières.

Un ouvrage à lire : Frontières d’empire, Du Nord à l’Est, par Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Ahmed Boubeker, Éric Deroo (dir.), Paris, La Découverte.
Les régions Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Alsace, Picardie, Champagne-Ardenne et Franche-Comté, de Lille à Strasbourg, ont tissé une relation unique avec les voyageurs, travailleurs, artistes, soldats, réfugiés, rapatriés et « sans-papiers » venus des Suds. 
Depuis le dernier tiers du XIXe siècle, le Nord-Est est une véritable frontière d’empire qui reçoit plus d’un million de combattants et travailleurs coloniaux lors des trois conflits qui opposent la France à l’Allemagne. Parallèlement, des dizaines d’expositions coloniales et ethnographiques contribuent à la formation d’une culture coloniale et accompagnent un premier flux d’originaires des colonies vers la métropole, notamment dans les mines du Nord. 
Durant tout le XXe siècle, venus des quatre coins de l’empire et du monde, recrutés et dockers chinois, soldats et étudiants d’Afrique noire, combattants, travailleurs et militants du Maghreb, migrants et ouvriers turcs, mobilisés indochinois et rapatriés vietnamiens ou d’Algérie, militants et enfants des deuxième et troisième générations, passent ou se fixent dans ces régions… 
Ce livre raconte leurs parcours et s’attache également au regard posé sur ces centaines de milliers de migrants, aujourd’hui composante importante de la société locale. À travers des images exceptionnelles et inédites, c’est l’histoire « aux confins d’un empire » qui se révèle ici. Histoire longue, complexe et étonnante, toujours en mouvement, constitutive en partie des mémoires et des identités locales.

3 – Comment les frontières se transforment.

The new edition of transversal in cooperation with the Spanish Universidad Nómada takes up the most controversial line of the project transform: the relationship between “institutions” and “movement”. This is not done to continue the polemic “state apparatus versus autonomous politics” endlessly, but rather to critically investigate specifically the institutions of the movement. This also involves postulating the possibility of a new phase of institutionality breaking out, one that is assessed as hybrid and monstrous, which ultimately promotes the materialization of a different politics. The most important lines of reflection in this proposal raise questions about which new mental prototypes are needed for which new forms of knowledge and political subjectivation, which forms of institutionality for the “new generation” of social centers, which virtuoso and risky dynamics of negotiation and conflict, and which cycles and networks to flee, disrupt and sabotage the domination of new metropolitan governance.
http://transform.eipcp.net/transversal/0508
4 - La Note de Veille 2008 n°102 du Centre d'analyse stratégique vient de paraître.

Vous pouvez la consulter et la télécharger à l'adresse suivante : http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=835

5 – Des assises transfrontières.

Les 13 et 14 juin 2008, la Maison de l’Europe de Paris a organisé avec la Fondation Genshagen, la Nouvelle université bulgare, l’Université de Ljubljana, l’Association européenne pour la défense des droits de l’homme, la Fondation pour les sciences sociales et humaines, les premières « Assises européennes des citoyens et résidents des grandes métropoles ». Ce projet inédit a réuni 150 citoyens européens et résidents non communautaires, de toutes générations, autour d’un thème majeur : leur inscription dans la vie et la démocratie locales. Il était soutenu par la Commission européenne (« L’Europe pour les citoyens »), par le ministère français des Affaires étrangères, la Région Ile-de-France, la Ville de Paris.
Ces premières Assises ont donné lieu à une réflexion riche et fructueuse sur la création d’un espace social et politique commun ayant pour cadre la métropole, lieu de toutes les conditions et de toutes les diversités. Elles ont permis de dégager des perspectives novatrices et de formuler les recommandations et propositions concrètes, à destination des collectivités territoriales, des pouvoirs publics nationaux et des institutions européennes, concernant notamment la citoyenneté européenne de résidence, la lutte contre la ségrégation socio-résidentielle, le renforcement de la démocratie locale et le développement d’une nouvelle intelligence collective. Les participants en ont également appelé à la pérennisation de tels moments autonomes de rencontre et d’interaction au niveau européen. Vous pouvez lire la déclaration en ligne sur www.paris-europe.eu <http://www.paris-europe.eu/> Dear All,
On 13 and 14 June 2008, the Maison de l'Europe, Paris, with the Genshagen Foundation, the New University of Bulgaria, the University of Ljubljana, the European Association for the Defence of Human Rights and the Foundation for the Social and Human Sciences, held the first European Conference of Citizens and Residents, which brought together 150 European citizens and non-Union residents of all generations to discuss a major theme: their involvement in local life and democracy. The project was supported by the European Commission ("Europe for Citizens"), the French ministry of foreign affairs, the Région Ile-de-France and the Ville de Paris.
Coming just a few days before France takes over the presidency of the European Union, this initial conference gave rise to rich, fruitful debates about the creation of a common social and political space in the framework of the metropolis as the location of all social conditions and all types of diversity. It also led to the formulation of some new perspectives, recommendations and proposals to be put to local authorities, national governments and European institutions, notably regarding European residence citizenship, socio-residential segregation, local democracy and the development of a new collective intelligence. The participants also called for this structure of encounters and interaction to be maintained on the European level.
Please read the statement on www.paris-europe.eu <http://www.paris-europe.eu/>
6 – Les étudiants et les frontières.

24000 Studenten aus Deutschland absolvieren immer öfter ein Semester im europäischen Ausland. Im Hochschuljahr 2006/07 haben nach Angaben des Deutschen Akademischen Austauschdienstes mit knapp 24000 Studenten so viele wie nie zuvor am Austauschprogramm « Erasmus » der EU teilgenommen. Im europäischen Vergleich sind die Deutschen damit Spitzenreiter. Es folgen Frankreich mit knapp 23000 Studenten und Spanien mit rund 22000 Studenten, die zum Studium ins europäische Ausland gehen. Die beliebtesten Zielländer waren Spanien, Frankreich und Gorssbritannien.

7 – L’Europe vue d’au-delà de ses frontières ?

Une conférence : l’Europe vue du monde, organisée par l’association Coordination Sud. Elle réunira les plateformes nationales d’ONG de chacun des pays de l’Union européenne. Pour un monde plus solidaire et plus équilibré.
Infos. Sur : http://www.coordinationsud.org/

8 – Moving a step forward.

Les 13 et 14 juin 2008, la Maison de l’Europe de Paris a organisé avec la Fondation Genshagen, la Nouvelle université bulgare, l’Université de Ljubljana, l’Association européenne pour la défense des droits de l’homme, la Fondation pour les sciences sociales et humaines, les premières « Assises européennes des citoyens et résidents des grandes métropoles ». Ce projet inédit a réuni 150 citoyens européens et résidents non communautaires, de toutes générations, autour d’un thème majeur : leur inscription dans la vie et la démocratie locales. Il était soutenu par la Commission européenne (« L’Europe pour les citoyens »), par le ministère français des Affaires étrangères, la Région Ile-de-France, la Ville de Paris.
A quelques jours de l’ouverture de la Présidence française de l’Union européenne, ces premières Assises ont donné lieu à une réflexion riche et fructueuse sur la création d’un espace social et politique commun ayant pour cadre la métropole, lieu de toutes les conditions et de toutes les diversités. Elles ont permis de dégager des perspectives novatrices et de formuler les recommandations et propositions concrètes, à destination des collectivités territoriales, des pouvoirs publics nationaux et des institutions européennes, concernant notamment la citoyenneté européenne de résidence, la lutte contre la ségrégation socio-résidentielle, le renforcement de la démocratie locale et le développement d’une nouvelle intelligence collective. Les participants en ont également appelé à la pérennisation de tels moments autonomes de rencontre et d’interaction au niveau européen.
Dans la suite des Assises européennes des citoyens et résidents des grandes métropoles, la Maison de l’Europe de Paris vient de lancer le Forum. Pour participez à ce Forum il vous suffit de cliquer sur le lien : http://www.paris-europe.eu/spip.php?rubrique99
9 – A consulter :

www.taurillon.org/ Un magazine eurocitoyen.
www.cafebabel.com/fre/ Un magazine européen.
www.relais-culture-europe.org/Scene-ouverte : un extrait :

Culture Action Europe est une plateforme artistique interdisciplinaire relayant la voix du secteur culturel dans les débats européens, essentiellement auprès des insitutions communautaires.
Ses membres sont actifs partout en Europe et représentent tous les domaines culturels comme les orchestres, associations d’écrivains, universités, institutions de patrimoine, théâtres nationaux, réseaux culturels internationaux, conservatoires, chorales, festivals et autres fondations. Nos membres sont la force de l’organisation.

Chaque année, Culture Action Europe tient sa conférence dans une ville d'Europe, grâce au soutien de partenaires locaux, pour débattre avec ses membres et les opérateurs culturels intéressés de leur rôle et de la place de la culture dans les politiques européennes.

Cette année, les échanges auront lieu à Marseille, du 23 au 25 octobre. Ils s'articuleront autour de deux thématiques principales : la place de la culture dans les relations extérieures de l'Union européenne (avec un centrage sur la zone euro-méditerranéenne) et le rôle des acteurs civils dans l'élaboration des politiques culturelles européennes. Elle mettra en outre en avant la place des collectivités locales dans la coopération culturelle européenne internationale.

10 – Dernière note.

http://www.europeana.eu/portal/
www.culture-europe-international.org/

20080206

Les Cartes pensent

Cartes, tableaux, figures ne se contentent pas d’être des instruments pédagogiques. Ce ne sont pas non plus des images, des reproductions d’une réalité extérieure, qu’il conviendrait de se contenter de contempler. Ce sont des outils qui pensent en présentant des articulations, des graphismes qui composent des situations et parfois ouvrent au regard des pistes inconnues.
Les cartes ont une certaine efficacité pour faciliter des explications, désigner des réalités. Elles constituent des recueils de savoirs mis à la disposition du lecteur afin de réfléchir son monde.

Il est évident qu’il ne faut pas s’arrêter à ce stade. Nous lançons une exploration. Toute proposition est bonne à étudier.

20080205

Union


20080204

Langues




20080203

Voisins


20080202

Education


20080201

Dépendances