20100404

Shanghai miroir de l'Europe.

Josette Delluc
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La présence de 44 pays européens venus séparément édifier un pavillon, le plus remarquable possible pour l’Exposition universelle de 2010 à Shanghai, invite à rappeler les liens entretenus dans le passé avec la Chine et plus précisément avec son port principal. L'histoire entre Shanghai et l'Europe se déroule en plusieurs temps.

44 Avrupa ülkesinin 2010 Evrensel Şangai sergisi için inşa ettiği köşk, Çin'in tarihinde en büyük limanı olan Şangai limanı nın aktivileri ve çeşitli iilşkilerini hatırlatmakta. Şangai ve Avrupa'nın tarihetki ilişkileri etap etap kuruldu. 
 
The presence of 44 European countries, each erecting the most impressive pavilion as possible for the Universal Exposition of 2010 in Shanghai, is a strong reminder of the historical ties that link China to Europe, specifically Shanghai’s sea-port.  The history between Shanghai and Europe unfolds in multiple stages.

Die Chinesen haben bei der Weltausstellung in Shanghai alle Rekorde gebrochen. 70 Millionen Besucher war die Zielvorgabe bei der Eröffnung im Mai. Jetzt kurz vor Schluss ist klar, dass sie dieses Ziel sogar noch übertroffen haben. War die Expo also in jeder Hinsicht ein voller Erfolg?

La présence de 44 pays européens venus séparément édifier un pavillon, le plus remarquable possible pour l’Exposition universelle de 2010 à Shanghai, invite à rappeler les liens entretenus dans le passé avec la Chine et plus précisément avec son port principal. L'histoire entre Shanghai et l'Europe se déroule en plusieurs temps.

Shanghai-Europe: un rapport Amour/Haine aux XIX et XXe siècles.

Ce fut le temps d'avant: une préhistoire. Le temps de l'empire romain au cours duquel le luxe européen adopte les richesses chinoises, la soie et les épices sont transportées à travers le continent. Puis la voie terrestre étant empêchée après 1453 ce sont les nouvelles techniques de navigation qui permettent aux bateaux de poursuivre les liaisons et de livrer de plus grandes quantités. A cette époque, Shanghai ne participe pas au commerce, c'est un village qui devient une place forte en 1554 pour se protéger des pirates japonais. Parallèlement, les liens entre Extrême Orient et Occident sont entretenus par diplomates et missionnaires. En 2010 en Europe, de nombreuses manifestations, dont un colloque de l'UNESCO à Paris, commémorent la personnalité de Matteo Ricci 1552-1610. Jésuite, il transmit à la Chine notre culture latine et nos connaissances en mathématique, il apprit le chinois pour pénétrer la brillante civilisation de ce pays. Ce type d'échange fut le sujet de l'exposition organisée par Le Louvre[1] : « Les batailles de l'empereur de Chine. Quand l'empereur Quianlong adressait ses commandes d'estampes à Louis XV ». Les gravures représentant les conquêtes en Asie centrale de 1755 à 1759 et illustrant les poèmes de l'empereur, avaient été réalisées en France d'après les dessins préparatoires exécutés en Chine par 4 missionnaires, elles furent ensuite envoyées à l'empereur accompagnées, selon sa demande, de leur plaque de cuivre. Le procédé de la taille douce a ainsi été donné à la Chine qui nous avait enseigné la gravure sur bois.
Au début du XIXe siècle la Chine était une puissance potentielle et une vraie partenaire, « forte de sa grande maîtrise technique et de ses systèmes de commercialisation complexes » [2] explique l'historien anglais Christopher. Alan Bayly. Il démontre que les produits de qualité : tissus, porcelaines, laques tellement appréciés des occidentaux favorisent une forte activité artistique et artisanale. Mais ajoute-t-il, la Chine ne peut mettre à profit l'accumulation de capitaux liés à ces exportations, elle est freinée par d'énormes charges : l'immensité de son territoire, sa surpopulation et elle doit faire face à des affrontements ethniques religieux et politiques. Au contraire, en Europe, la capacité d'investissement et le charbon plus facilement accessible donnent naissance à la Révolution industrielle. Puis, l'industrialisation rendant nécessaire la recherche de débouchés, l'abondante population chinoise devient vite un marché convoité. Pierre Renouvin, précurseur dans l'étude de l'histoire des relations internationales, entamait déjà son ouvrage « La Question d'Extrême Orient » [3] en précisant que le fait démographique était fondamental et déclencheur de la décision d'exercer un impérialisme économique en Chine. C'est en lançant « la guerre de l'opium », en 1841-1842, contre la Chine qui interdisait ce produit venu d’Inde et vendu par les colons britanniques, que la Grande-Bretagne obtient des avantages et élargit à l'Asie le champs des rivalités entre les pays européens. Concurrentes, la France et la Grande-Bretagne parviennent au milieu du XIXe siècle à combattre ensemble, dans un premier temps contre, puis en faveur, de l'État chinois, leur union leur permet de limiter les prétentions russes sur le littoral qui les intéresse. Les États-Unis ont aussi imposé leur présence pour participer à l'activité commerciale. 
Commence le temps du contrôle du commerce chinois par les Européens et celui de l'éclosion de Shanghai.
Vaincue en 1842 la Chine a signé le traité de Nankin qui, ouvre 5 ports aux étrangers, puis des concessions seront installées. C'est pour Shanghai petit port de pêche l'occasion de se métamorphoser en un grand centre industriel et financier. Il bénéficie d'un site favorable sur la rive gauche de la rivière Huangpu très large et profonde, la marée y est encore fortement ressentie. Sa situation dans le delta du Yangzi (Fleuve bleu) est encore plus remarquable, elle permet de pénétrer à 1700 kilomètres à l'intérieur de la Chine et offre un extraordinaire hinterland produisant thé et soie. Enfin Shanghai se situe au milieu de la façade maritime chinoise et peut assurer les flux aussi bien vers le nord que vers le sud du pays et de l'Asie. C'est ainsi qu'en 1937 il est devenu le huitième port mondial, l'industrie y est développée, les banques y sont nombreuses et il est un centre intellectuel de poids, fondé sur les universités et les maisons d'éditions, souvent étrangères. La population a augmenté et compte un million de personnes dès le début du XXe siècle, parmi lesquelles 7000 étrangers. La société elle même est modifiée puisqu'une nouvelle bourgeoisie chinoise participe à la modernisation et un prolétariat nombreux est généré par l'industrie. C'est ainsi que transformée par l'étranger et en particulier par l'Europe, la ville va contribuer à l'évolution politique du pays : en 1921 le Parti Communiste Chinois y est crée, et la force du mouvement ouvrier y donne lieu à une brutale répression par Tchang Kaï Chek en 1927. D'une manière générale et en se plaçant à l'échelle nationale, il est possible d'affirmer que la présence des occidentaux installés sur le littoral chinois, dont ils contrôlent le commerce prospère, nourrit les mécontentements face à la pauvreté et favorise par réaction la montée du nationalisme, ce qui participe à la victoire de Sun Yat Sen en 1911 puis celle du maoïsme en 1949.

Trente ans de séparation entre l'Europe et Shanghai.

L'occupation japonaise avait mis fin au système des concessions et en 1949 le nouveau régime bannit les firmes étrangères; le communisme veut sanctionner cette ville pour en effacer le passé capitaliste et le souvenir d'une population interlope incarnée par l'aventurière Shanghai Lily jouée par Marlène Dietrich [4]. Mais le port de Shanghai est indispensable au trafic intérieur et au devenir de la République Populaire de Chine. Son activité pendant la période maoïste ne croîtra pas mais ne sera pas réduite non plus. Simplement pour «assainir» cette plateforme commerciale, le secteur financier y est supprimé et l'industrie développée.
Rapidement vient le temps du retour de l'Europe.
            L'arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping en 1978 et sa volonté de réforme ouvre une ère nouvelle pour la Chine et pour Shanghai. Pour permettre le développement économique celui-ci choisit l'ouverture au capitalisme étranger. Cette décision bénéficie d'un contexte favorable, elle est concomitante à la période d'accélération de la mondialisation. La position géographique de Shanghai, son histoire liée aux Occidentaux et la décision politique de renforcer l'activité au centre du littoral chinois pour contrebalancer la région de Canton dynamisée par la proximité de Hongkong, propulsent Shanghai au rang de capitale économique et pôle commercial et financier de taille mondiale. Cependant, l'aménagement des infrastructures avait pris du retard et le centre de Shanghai datait en grande partie du XIXe. En dehors des ruelles et venelles de la vieille ville, le plan a été structuré par les concessions étrangères le long d'axes Est-Ouest perpendiculaires au Bund en bordure du fleuve. Cet ensemble urbain constitue ce qui est appelé un «musée de toutes les architectures» avec une influence européenne dominante [5]. Certes des villes satellites avaient été construites à partir de 1959 pour répondre au problème de l'entassement, mais il s'agissait de réorganiser l'ensemble de l'espace urbanisé et d'améliorer les transports. Il fallait décongestionner le centre en aménageant des quartiers d'affaires et d'habitat près de l'aéroport, et de réhabiliter les vieux quartiers.
Le premier schéma directeur est adopté en 1986, il est conçu, ainsi que les suivants, avec la participation de conseillers européens parmi lesquels l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région Ile de France. Et comme le consortium allemand formé par Thyssen, Krupp et Siemens réalise le train à grande vitesse qui conduit de l'aéroport au centre, nous notons que l'Europe est de retour à Shanghai pour contribuer à sa transformation. Même si en France on s'émeut de l'échec des projets d'architectes comme ceux de Paul Chemetov ou de Dominique Perrault, au profit de Japonais et Américains qui joignaient les investissements aux plans, du moins Jean Marie Charpentier a-t-il construit un centre d'exposition à Pudong et l'opéra dont le rideau de scène est conçu par Olivier Debré et Paul Andreu a participé aux travaux du nouvel aéroport puis réalisé l'Oriental Art Center dédié à la musique.

Voici le temps de l'inversion: l'Europe est conviée à l'apothéose de Shanghai.

 Shanghai, tête de pont, du dynamisme de la Chine membre de l'Organisation Mondiale du Commerce depuis 1995, ne ressemble plus à la ville des concessions et entrepôts qui étaient au service de la fortune étrangère, elle est dorénavant la vitrine de la puissance chinoise qui n'a cessé de croître. Shanghai capte un tiers des investissements directs reçus par la Chine, c'est le plus grand port du monde [6], une mégapole dont les deux parties : Puxi : la ville originelle et Pudong : le nouveau centre d'affaires sur la rive est du Pu, sont reliées par deux ponts géants et deux tunnels. De même que en 1851 la Grande Bretagne entrainait l'économie de l'Europe et Londres créait la première Exposition internationale, de même, aujourd'hui la croissance record chinoise permet à Shanghai d'accueillir l'Exposition universelle de 2010. La préparation de cet événement devait lui permettre de poursuivre les travaux d'aménagements urbains pour, en particulier, améliorer les transports. Il semble cependant qu'à cette occasion et contrairement à ce qui avait été prévu dans le premier schéma directeur, les quartiers anciens ont été mis à mal et les expulsions nombreuses, comme dans le vieux Paris sous les transformations de Haussmann.
C’est justement le thème de la ville et son environnement qui a été retenu pour l'Exposition[7], il concerne tous les pays et exprime un des grands problèmes de la Chine. C'est souvent par la coercition que l’État répond au phénomène récent de l'exode rural qui risque d'aggraver le déséquilibre spatial de la population, de plus, l'étalement urbain réduit l'espace arable déjà insuffisant. Chaque grande ville à l'image de Shanghai, est obligée de gérer la pression démographique. D'autre part, ne sont pas résolus les problèmes de pollution de l'air ou de l'eau, causés par les particules émises par les vieilles centrales au charbon et les déchets des usines rejetés dans les fleuves comme à Shanghai[8]. « Meilleure ville, meilleure vie », ainsi est formulée, positivement, la question de l'urbanisation. Sachant que la notion de ville est l'une des plus difficile à définir, 5 sous-thèmes traités dans des pavillons et au cours de spectacles ou forums doivent permettre d'expliciter le sujet : « Mélange de cultures dans la ville ». « Prospérité économique de la ville ». « Innovation scientifique et technologique dans la ville ». « Le remodelage des communautés dans la ville ». « L'interaction entre la ville et la campagne ». Pour préciser, les organisateurs formulent un certain nombre de questions. « Quel type de ville rend la vie meilleure ? » « Quel type de vie rend la ville meilleure ? » « Quel type de développement urbain rend notre planète meilleure ? » Soit un questionnement qui concerne plus de 50% de la population de la Terre.

Shanghai ou le temps du « copier-coller »

La fin du parcours de l'exposition du Centre Pompidou : « Dreamlands [9] » est intitulée : « Copier-Coller » pour nous alerter sur le fait qu'en Chine au cours des 30 années d'ouverture économique et de dynamisme urbain, la créativité des constructeurs et aménageurs laisse place, parfois, à une médiocre reproduction de l'architecture européenne la plus banale, modélisée et standardisée. Certes l'Europe avait souvent montré le mauvais exemple : ainsi la France à l'initiative du baron Alphonse Delort de Gléon « représentant de la nation française au Caire » a reconstitué à l'identique une « rue du Caire » [10] pour l'Exposition parisienne de 1889. Ici toutefois l'édification était éphémère et l'objectif d'ordre didactique, de plus le député étant collectionneur, des éléments authentiques et qui ont rejoint maintenant les collections du Louvre, y avaient été intégrés [11]. Inversement à Shanghai ce sont des cités satellites, c'est à dire des lieux résidentiels durables qui pastichent les villes européennes. Anting est une ville de style allemand, se référant à Weimar, érigée par le fils d'Albert Speer, nous dit-on, elle inclut une usine Wolkswagen et devrait abriter 30 000 personnes. Sonjiang imite l'Angleterre des Tudors avec cottages et labyrinthe. Pujiang devrait compter 100 000 habitants le long des canaux de type vénitien. De même sont déjà établies une cité espagnole, une suédoise, une néerlandais et aussi une ville canadienne. Un triste bilan semble-t-il car non seulement la pauvreté de la réalité architecturale est navrante, mais en plus, leur prix élevé rend ces habitations inaccessibles à la majorité de la population. Pour l'instant le résultat est sans doute loin des objectifs qui fixaient à 500 000 le nombre des personnes qui devaient s'installer dans ces nouveaux centres.

Quelle est la réalité du modèle européen face à Shanghai aujourd'hui?

Du moins l’Europe peut-elle être touchée du fait que son modèle urbain fascine toujours. Shanghai fidèle à son passé aspire au mode de vie européen, sans doute marque, pour elle, de bon goût, d'élégance et de confort. Cependant le rapport Shanghai-Europe a bien changé, l'Europe autrefois dominante est maintenant dépendante de la Chine, nouvelle locomotive du commerce mondial. La voici invitée à fêter la réussite du premier port du monde qui n'est ni en occident, ni sous son contrôle. Le renversement est saisissant, la fantastique réussite asiatique contraste avec la perte de l'hégémonie européenne. Alors, nous pouvons nous demander pourquoi l’Europe se présente-t-elle à Shanghai désunie ? N'apparaît-elle pas encore plus affaiblie? N'était-ce pas l'occasion d'afficher la réalité de notre association régionale ? Au contraire l'Union Européenne partage le pavillon belge, ce qui offre l'avantage pour Bruxelles de confirmer sa place de capitale européenne mais ne permet pas d'exposer la représentation de l'Europe en majesté. Inversement, nous remarquons que la Chine, État centralisateur, plus que réservé sur la pluralité et l'expression des minorités, accueille dans son pavillon, à côté de l'espace national, ses 31 provinces et régions qui y présentent leurs richesses et traditions. Pourquoi l'Europe ne pouvait-elle se produire ainsi, en un ensemble formé de la diversité des Vingt-sept. Un tel dispositif plus économique, aurait contribué à montrer les particularismes de nos institutions et de notre entité culturelle, et à défendre notre économie et nos valeurs politiques.
Pour mettre en scène notre participation à Shanghai nous sommes en droit de rêver non d'un « musée imaginaire » comme André Malraux, mais d'une « exposition imaginaire » dans un pavillon européen, unique, un véritable espace communautaire où auraient pu s'allier, la haute technologie et l'art pour une Europe participant collectivement à cette « Fête du progrès »qui est à la fois « Foire à la nouveauté » et « Salon des Beaux-Arts » [12].
Pour présenter l'urbanisme européen, en dehors des colonies romaines ou de l'influence de la Renaissance italienne, il aurait été intéressant de rappeler que, spontanément, les Européens ont fréquemment travaillé ensemble sur ce phénomène. En ce qui concerne le XXe siècle, rappelons que dans l'entre-deux-guerres en Allemagne, élèves et professeurs de l'école du Bauhaus étaient issus de nationalités diverses, tous cherchaient à parfaire l'habitat. Venu de Suisse pour l'un et de Hongrie pour l'autre, Johannes Itten et Laszlo Moholy Nagy travaillaient sur les couleurs et la matière, pour accompagner le travail des architectes tel Walter Gropius. De même les Congrès Internationaux d'Architecture Moderne (CIAM) organisés entre 1928 et 1959 par Le Corbusier et ses amis, pour contribuer à la modernité, réunissaient des bâtisseurs d'origine géographique différente: Italie, Allemagne, Suisse, Espagne, Finlande. Leur travail commun avait comme objectif l'amélioration de la vie quotidienne, leurs propositions « fonctionnelles » ont constitué le fondement de l'urbanisme moderne [13]. Ce travail laissait envisager d'extraordinaires avancées, mais sans doute incomplètes et insuffisamment appliquées ces réflexions n'ont pas résolu tous les problèmes urbains et encore moins prévenu les évolutions. C'est pourquoi, en 2010, le choix de la ville comme axe directif de l'exposition de Shanghai est tout à fait recevable. Ce thème mobilise élus, population, philosophes, sociologues, architectes, économistes, ingénieurs, artistes et renvoie à une question restée centrale en Amérique en Asie ou en Europe. Quant aux architectes, les concours étant internationaux ils sont souvent appelés à travailler hors de chez eux, ainsi Renzo Piano et Gianfranco Franchini, italiens, étaient associés au britannique: Richard Rogers pour concevoir le Musée National d'Art Moderne à Paris. Dans les années 1980 Ricardo Boffill fut sollicité à l'extérieur de sa Catalogne natale, principalement en France tant à Paris en Ile de France ou à Montpellier. Et après la réunification de l'Allemagne, pour réaménager Berlin et réunir les 2 parties de la ville qui redevenait capitale, les nombreux travaux furent confiés à des dizaines d' architectes, allemands et étrangers, notons en plus de Renzo Piano ou Richards Rogers déjà cités, Aldo Rossi ou Jean Nouvel. Ces quelques exemples autorisent à évoquer l'existence d'une architecture européenne (à laquelle participe toutefois Japonais ou Américains). Cet ensemble culturel et architectural européen existe bel et bien il aurait dû être montré et serait entré en résonance à Shanghai, avec une partie de la ville.
Référons nous par ailleurs, à l'exposition du Centre Pompidou : « La ville-art architecture en Europe 1870-1993 » [14] qui s'attachait à retracer de manière chronologique les grands étapes d'une histoire parallèle sur l'ensemble du continent. Adopter le même schéma, pour ordonner notre pavillon idéal aurait l'avantage de présenter avec clarté une triple évolution, celle du destin commun des espaces urbains et des besoins des populations, celle des faits politiques, sociaux, et des idées, et en dernier lieu, la succession des grands courants artistiques. Comme le milieu urbain est une source classique d'inspiration, il n'aurait pas été difficile de regrouper des œuvres diverses traitant ce sujet. Les peintres ont parfois contribué à enrichir un mythe: celui de la tour de Babel fut souvent repris après Breughel. D'autres artistes préfèrent se propulser dans le futur, Métropolis fut plusieurs fois déclinée à la suite de Paul Citroën en 1923 et de Fritz Lang en 1927. Les Expressionnistes allemands en peignant les ruines ont dénoncé la guerre, les Futuristes italiens séduits par la technique et la vitesse représentaient la dynamique dans un monde industriel et urbanisé. Fernand Léger s'attachait à dessiner les constructions colorées sans oublier la figure humaine.
La dimension sociale du travail de Frans Masereel : « La ville » [15], et la puissance dramatique de ses gravures sur bois contraste avec l'imaginaire antique exprimé dans les peintures de Giorgio di Chirico, ou l'univers architectural de l'Hourloupe de Jean Dubuffet.
La photographie est au plus proche de la réalité, Charles Marville constitue un trésor de documents d'archives sur Paris ses monuments puis ses transformations sous le Second Empire. Après lui, les clichés d'Eugène Atget enregistrent les façades du centre de la ville et la pauvreté des banlieues, de même que la représentation des petits métiers des rues. Brassaï, hongrois de Paris photographie la capitale « la nuit »[16] comme le jour, l’élite intellectuelle et artistique comme les prostituées, et s'attache à l'expression populaire du graffiti.
En effet, si la ville est une source d'inspiration elle est aussi un milieu riche en matériaux de création: les lacérations d'affiches de Raymond Hains, Jacques Villeglé ou Mimmo Rotella sont issues directement des murs livrés à l'information et la publicité. De même la ville est un support à la création, et Ernest Pignon Ernest a fondé l'esprit et la réussite de son travail sur ce principe. Elle peut aussi être transformée par des interventions, lorsque Daniel Buren appose ses rayures sur des monuments ou que Christo procède à ses emballages. Le vidéaste Pierre Huyghe concilie réalisme et imaginaire pour exprimer la ville d'aujourd'hui.
Cette énumération bien que incomplète confirme qu'un grand nombre d'artistes européens ont consacré une partie ou l'essentiel de leur travail à la ville, pourtant nous notons l'absence de volonté d'exprimer ainsi, l'Europe à Shanghai.     
Remarquons par ailleurs que l'Europe impérialiste et triomphante a conçu l'idée d'Asie, mais que aujourd'hui lorsque l'Asie émerge et se construit, l'Europe semble en panne.
L'idée d'Europe est ancienne, elle fut exprimée, dès l'Antiquité, sous forme de récit mythologique. Son espace géographique, excepté la question de sa frontière orientale, est bien délimité et comme il est non contraignant, il permet une circulation intérieure, la prise de conscience d'un territoire et l'établissement de relations commerciales et culturelles. Dans cette aire les échanges nombreux furent cependant rompus par des guerres, et ce sont, justement, les deux derniers grands conflits qui se déroulèrent sur le territoire de l'Europe au XXe siècle qui fournirent les arguments définitifs pour créer une association régionale. Après la barbarie les Européens étaient poussés à la raison et signaient dès le début des années cinquante les premiers traités qui devaient organiser un avenir pacifique et commun. De l'idée d'Europe aux institutions européennes, l'Europe s'est pensée et formée elle même. Mais au delà, dans sa période expansionniste, alors quelle domine et colonise, elle entreprend de créer aussi et d'imposer son concept d'Asie.
En ce qui concerne le terme d'Asie il « est forgé par les Assyriens au cours du deuxième millénaire avant notre ère pour désigner la vaste Terra Incognita qui s'étendait à l'est de leur empire. Le terme lui même révélé par les Grecs proviendrait du verbe Akkadien « asa » qui signifierait sortir, surgir en référence au soleil, l'Asie étant pour eux la direction d'où le soleil se lève » rappelle Christophe Marion [17] en précisant que Thucydide dans « La guerre du Péloponèse » désigne par Asie l'est de la Méditerranée et que les conquêtes d'Alexandre Le Grand, inaugurent un rapprochement entre Orient et Occident.
Cependant si il est avéré que le nom Asie est ancien, il en va autrement pour l'idée d'Asie, Christophe Marion comme Hugues Tertrais[18]citent tous deux le géographe Pierre Gourou dont l'ouvrage «l'Asie» a fait référence et qui pourtant affirmait «l'Asie n'existe pas». Lorsqu'elle surgit mentionnait Edward Saïd [19], l'Asie fait partie d'« un Orient crée par l'Occident ». L'idée d'Asie est conçue à la fois dans la continuité de la définition géographique d'un continent et dans la rupture qui devait signifier la détermination entre l’Est et l’Ouest. Par ailleurs il est certain que l'idée d'Asie est née en Occident d'une analyse manichéenne et partisane. Au XIXe siècle, la comparaison entre les deux espaces, établie par les Européens leur était unilatéralement favorable car elle était fondée sur leurs propres normes. Les grandes puissances industrialisées qui avaient entrepris de coloniser le monde étaient fières de leur domination militaire, elles regardaient les territoires conquis selon des critères préétablis et refusaient d'accepter des valeurs et cultures différentes de leurs principes. En vertu de cet ethnocentrisme européen l’Asie est jugée comme en retard. Ainsi l'idée d'Asie correspond à la vision de l'Europe qui perçoit négativement, les empires multi-ethniques et l'économie encore agricole d'Extrême-Orient opposés aux États-Nations, souvent démocratiques et au développement capitaliste et urbain du monde occidental [20]. L'idée d'Asie issue de l'Occident reposait sur une erreur intellectuelle; conçue artificiellement, elle ne correspondait à aucune réalité, d'une part le discours était dévalorisant et d'autre part l'Europe inventait un ensemble régional face au sien, alors que, au contraire, comme le disait Pierre Gourou l'Asie n'existait pas.
Nous pouvons noter une évolution récente en constatant que des réseaux de flux rapprochent les grands pôles d'Extrême-Orient. Un embryon d'organisation existait depuis 1967 l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) avait été créée, elle rassemblait, dans le contexte des tensions de la bipolarisation, les États capitalistes alliés aux États-Unis : Indonésie, Malaisie, Les Philippines, Singapour, Thaïlande puis le Brunei en 1984. L’origine de cet ensemble était d'ordre politique, et c'est la nouvelle donne internationale qui permettra sa mutation. Hugues Tertrais dans son article «Fin de la guerre au Viet Nam et construction en Asie» explique que ce « moment clé pour l' Asie » va créer de nouveaux rapports entre États-Unis et URSS, transformer les relations internationales et ouvrir la possibilité d'un projet de construction régionale unique en Asie. L'ASEAN progressivement s'élargit aux petits pays: le Viet-Nam, en 1995, le Laos en 1997, de même que le Myanmar et le Cambodge en 1999. Une entente commerciale et culturelle est formée entre ces10 pays, auxquels s'associent la Corée du sud, la Chine et le Japon, dans l’ASEAN PLUS THREE (APT). Cette association peut-elle être l'organe qui mène à une union asiatique ? La question de la hiérarchie est posée, car l'Inde, la Chine et le Japon peuvent revendiquer le titre de puissance régionale, chacune avec sa spécificité est tentée d'exercer un leadership. Hugues Tertrais conscient de cet équilibre délicat indique que l'Asie reste à construire et conclut qu'il lui faut créer sa propre structure « sans doute en dehors des modèles connus », ajoutons que l'Europe avait en son temps été capable d'inventer pour s'organiser et créer son modèle. Nous notons que les projets des pays de l'APT ont d'abord une portée régionale : développement du bassin du Mékong, promotion du tourisme, mais leur but est aussi de renforcer leur voix dans le concert international, par exemple au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, pour contrebalancer l'influence de l'Alena [21] et de l'Union Européenne.

L'Europe et l'Asie aujourd'hui, 2 ensembles concurrents.

Dans le dernier chapitre de l'histoire entre l'Asie et l'Europe, nous constatons que l'Asie, une idée conçue autrefois par l'Europe, proclame, aujourd'hui, son existence pour échapper à l'emprise occidentale et construire son propre modèle. Tournée vers le futur, l'Asie émerge et se fixe des objectifs ambitieux à l'échelle régionale et internationale, maintenant sur notre grand continent coexistent deux entités. Dans le grand ensemble oriental, Shanghai, cette « tête du Dragon », est le pôle essentiel de l'organisation économique, et un centre de culture grâce à son passé et au grand nombre de ses musées [22]. Au contraire de l'Asie qui se propulse vers l'avenir, l'Europe adopte une attitude régressive et se comporte comme au XIXe siècle. D'une part à Shanghai chaque pays européen se présente comme un État-Nation et paraît vouloir se mesurer à ses voisins dans un esprit de rivalité. D'autre part, en différant les prises de décisions, notre union ne peut franchir l'étape nouvelle menant à une intégration économique et financière qui pourrait lui permettre de renforcer sa structure. Elle n'affirme même pas son unité culturelle qui est source inspiratrice de nombreux créateurs et architectes chinois.                                                                                                                                                               
Elle devrait faire preuve de vigilance, avertit Nicolas Baverez en indiquant que dans le contexte de quadruple crise: financière, bancaire, économique et politique, l'absence de réponse, de la part de cette Europe paralysée par ses contradictions, peut la mener à être « renflouée par les États-Unis et l'Asie, ce qu'elle paierait d'un statut de protectorat économique. Après avoir inventé le capitalisme et dominé 70% des populations et des terres émergées, l'Europe verrait sa souveraineté ruinée non par les totalitarismes qu'elle a enfantés, et dont elle a triomphé grâce à l'aide décisive des États-Unis, mais par son impuissance à relever le défi de l'universalisation du capitalisme. Voilà pourquoi il est urgent que les Européens redécouvrent que l'Europe est leur bien commun et la clé de leur avenir dans la mondialisation » [23] Nicolas Baverez est généralement considéré comme pessimiste, mais actuellement il n'est pas seul à alerter, Hubert Védrine [24] semble lui donner raison car inquiet de l'immobilisme de l'Europe face aux autres pôles mondiaux, il redoute lui aussi sa chute et face à ce risque, emploie le même terme de «protectorat».
En 2010, la ville de Shanghai dans son épanouissement, est le témoin de l'essoufflement de l'Europe, elle renvoie toutefois, l'image de la vivacité de son influence culturelle, encore préservée. Ainsi remarquons-nous que, au long de leurs relations, Shanghai a reflété avec exactitude l'état de l'Europe et sa position dans le monde. En ce sens nous pouvons conclure que Shanghai est le miroir de l'Europe depuis l'apogée jusqu'au déclin, ou espérons, déclin relatif.                                                                                         
                                                                                                                                             



[1]    Les batailles de l'empereur de Chine. Le Louvre : Fonds Rotchschild. Paris. Février 2009 à mai 2009.
[2]    Christopher. Alan BAYLY: La naissance du monde moderne (1780-1914) Les Éditions de l'Atelier. Paris. 2006.
[3]    Pierre Renouvin: La question d'Extrême-Orient. 1840-1940.  Hachette. Paris. 1946.
[4]    Josef Sternberg: Shanghai Express. 1932
[5]    Jean-Pierre Larivière, Pierre Sigwalt: la Chine. Masson /Armand Colin. Collection U. Paris. 1996       
[6]    Pour son trafic en volume.
[7]    Accueil Site Officiel de l'Expo de Shanghai 2010: www.expo.cn
[8]    Des chercheurs des universités de Yale et Columbia mesurent la proximité entre la situation des pays et les objectifs environnementaux définis à l'échelle internationale placent la Chine au 160e rang mondial. Grégoire Allix:  La France au 7e rang mondial pour l'environnement.  Le Monde. Dimanche30. Lundi 31 mai 2010
[9]    Dreamlands. Centre Pompidou. Musée National d'Art Moderne. Paris . 5 mai-9 août 2010.
[10]  Ceci fut rappelé lors de l'exposition: Exotiques- Expositions. Les expositions universelles et les cultures extra européennes. France, 1855-1937.Archives nationales, Hôtel de Soubise. 31 mars-28 juin 2010.
[11]  Nous ne traitons pas ici du problème moral , mais n'oublions pas les hommes «exposés» aussi, réifiés, sacrifiés au spectacle!
[12]  Pascal Ory: L'expo universelle. 1889. la mémoire des siècles. Éditions Complexe. Bruxelles 1989.
[13]  La Charte d'Athènes:ainsi est appelé le texte final du IVe CIAM tenu à Athènes en 1933 et traitant de la ville fonctionnelle. Les principes adoptés sont souvent repris lors de la reconstruction en Europe après la guerre.
[14]  La ville, art et architecture en Europe 1870-1993. Musée National d'art Moderne. Centre Pompidou. Février- mai 1994. Paris
[15]  Frans Masereel 1889-1972 La ville, 100 bois gravés, préfacé par Stefan Zweig, paru en 1925. Réédité avec le soutien du Centre National du Livre. Cent Pages. Avril 2008.
[16]  Brassai Paris la nuit. Flammarion, Paris, 1932.
[17]  Christophe Marion: les relations économiques entre Union Européenne et Asie Orientale. Thèse  2007.Université Paris 8: Vincennes Saint Denis. UFR Institut des Études Européennes.
[18]  Hugues Tertrais,: Fin de la guerre au Viet Nam et construction de l'Asie. Institut Pierre Renouvin. Bulletin n°29 avril 2009.
[19]  Edward Saïd: L'Orientalisme. L'Orient crée par l'Occident. Seuil, Paris, 1997.
[20]  Wang Hui : Une nouvelle vision de l'histoire mondiale, les Asiatiques réinventent l'Asie. Le Monde Diplomatique. Février 2005.
[21]  Alena: Accord de Libre Echange Nord Américain entre États-Unis, Canada et Mexique entré en vigueur  le 1er janvier 1994.
[22]  Le Musée de Shanghai conserve une très riche collection de l'art traditionnel chinois: bronzes, sculptures, céramiques, textes anciens. Il existe de nombreux autres musées par exemple: le musée des Tissus, celui de L'Imprimerie: qui expose l'invention chinoise et le rôle de la ville dans son développement et sa diffusion; de même qu'un grand Centre d'Art Contemporain. 
[23]  Nicolas Baverez,Europe désunie, Europe dominée. Le Monde Économie. 8 juin 2010.
[24]  Hubert Védrine, France-Allemagne, le malaise. Le Monde. 29 juin 2010.

20100403

Le Foot et l’Europe, une culture foot ?

Albrecht Sonntag
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Reconnu tardivement par les sciences sociales comme objet d’étude, le football se révèle aujourd’hui être un thème de recherche riche en significations pour les études européennes. Il permet de susciter une analyse pertinente non seulement sur le plan des politiques publiques, en raison de l’intérêt accru que lui portent les institutions communautaires, mais aussi, en tant que pratique sociale largement partagée, sur le plan des liens affectifs et horizontaux entre Européens.

            Mesut Özil lebt seinen Traum. Seit August gehört der Ex-Werder-Star zum Kader des spanischen Rekordmeisters Real Madrid, des bekanntesten Klubs der Welt. Im Stadium, das Publikum grölt, die Canetten klirren und die Trumpeten tröten. Was zieht Europeaner im Footstadium an ?

Extrait de : Une passion partagée, des identités ambiguës, Enjeux européens du football contemporain. Politique européenne, 2008/3, n° 26, p. 191sq. Distribution électronique Cairn pour L’Harmattan, Paris.

Reconnu tardivement par les sciences sociales comme objet d’étude, le football se révèle aujourd’hui être un thème de recherche riche en significations pour les études européennes. Il permet de susciter une analyse pertinente non seulement sur le plan des politiques publiques, en raison de l’intérêt accru que lui portent les institutions communautaires, mais aussi, en tant que pratique sociale largement partagée, sur le plan des liens affectifs et horizontaux entre Européens. Si les manifestations massives d’appartenance collective que déclenchent ses grandes compétitions semblent à première vue renvoyer vers une propension du football à donner expression à un nationalisme fermé, voire agressif, le comportement des individus qui forment les foules du football est plus ambigu et permet de formuler un certain nombre d’hypothèses de recherche. Le football peut ainsi être comparé à une « béquille identitaire » qui permet de rendre compréhensible et humainement pensable la dissociation très abstraite entre appartenance culturelle (nationalité) et allégeance politique (citoyenneté) réclamée par les tenants de la « constellation postnationale » (Habermas). Il permet aussi de vivre son appartenance nationale et le besoin social d’exprimer celle-ci sur un mode distancié, ironique. Il constitue, enfin, une illustration surprenante de la théorie de la « réflexivité postmoderne » (Giddens), dans la mesure où il permet aux acteurs sociaux de procéder à une révision permanente de leurs propres pratiques en s’appropriant et intériorisant de nouvelles connaissances sur ces mêmes pratiques produites par les sciences sociales.
Le football, cette passion partagée par un très grand nombre d’individus, montre ce que la culture populaire au sens le plus large pourrait apporter à une meilleure connaissance des rapports affectifs entre Européens, ouvrant ainsi des pistes intéressantes pour la recherche.

Intégration économique et politiques publiques.

Rares sont les chercheurs qui proposent une approche explicitement européenne, et leurs analyses restent focalisées sur des aspects très partiels. Les parallèles que dresse par exemple Pascal Boniface entre la construction de l’Europe communautaire et la création des compétitions européennes de football relèvent davantage de la coïncidence curieuse que d’un lien pertinent entre les deux processus (voir, à titre d’exemple, Boniface, 2002, 77-91). Ce genre d’analogie peu convaincante est repris par Anthony King qui, de manière un peu forcée, distingue différentes phases dans la construction de l’Europe du football : des débuts purement « inter- gouvernementaux », suivis par l’« Eurosclérose » des années 70/80, avant que le dynamisme d’intégration économique transnational ne l’emporte à partir de la dernière décennie du siècle (King, 2003).
Il faut reconnaître que le lien entre le processus d’intégrationéconomique et politique sur le plan communautaire et le développement du marché du football à l’échelle européenne est devenu plus apparent depuis que le football a pris une telle ampleur en tant qu’activité économique transnationale, et qu’il est directement concerné par l’application du droit européen de la concurrence en vigueur. Le célèbre « arrêt Bosman » du 15 décembre 1995, qui a imposé au football professionnel le principe de la libre circulation des travailleurs, mettant ainsi fin au système traditionnel des transferts, est sans doute la manifestation la plus médiatisée de cet intérêt accru des instances communautaires pour le football (Cour de Justice, 1995). Plus récemment, cet intérêt s’est porté sur la « sauvegarde des structures sportives actuelles » (Commission, 1999), structures associées à un « modèle européen du sport » (Commission, 1998) et qui ont fait l’objet d’un rapport intitulé « Independent European Sport Review 2006 » (Arnaut, 2006), d’une résolution du Parlement Européen sur « l’évolution du football professionnel en Europe » (Parlement, 2007), et enfin d’un livre blanc (Commission, 2007). En raison de ces initiatives récentes, les questions relatives à la gouvernance du football et à l’application du droit communautaire à la sphère sportive prennent une place plus importante dans les préoccupations des chercheurs en sciences politiques (De Waele et Husting, 2001 ; Boniface, 2001 ; Parrish, 2003).
Il reste cependant à voir si le débat autour de la réglementation de l’activité sportive en Europe en vue de la sauvegarde d’un présumé « modèle européen » aura un impact réel sur l’attitude des Européens à l’égard des institutions. Certes, on ne peut pas exclure que, dans le cas où l’Union européenne prendrait des mesures concrètes visant à défendre les structures traditionnelles de l’organisation du football contre les tendances de marchandisation et de commercialisation excessives déplorées par un grand nombre d’amateurs de ce sport, ces derniers ne soient amenés à avoir une opinion plus positive envers des institutions qui « sauvent » leur sport préféré de l’emprise de « la coalition des partisans du marché unique » (Parrish, 2003, 246). S’il est vrai que le football constitue ainsi un terrain sur lequel l’Union européenne pourrait effectivement se montrer plus proche des préoccupations des citoyens comme le réclame plus d’un acteur politique depuis des années, une telle hypothèse relève à l’heure actuelle de la spéculation (Sonntag, 2008, 269-271).

Le football comme lien entre Européens.

L’approche la plus pertinente du football en tant que phénomène social européen qui exerce une influence sur les liens affectifs et horizontaux entre Européens semble être celle d’Andy Smith qui a tenté d’appréhender le jeu complexe des appartenances territoriales en Europe à travers leur expression dans la pratique sociale largement partagée qu’est celle de « suivre » un sport comme le football ou le rugby (Smith, 2002). En intégrant des concepts de la sociologie interculturelle, l’auteur s’interroge sur la manière dont l’importance grandissante des compétitions européennes et la mobilité accrue des joueurs déplacent les notions d’identité et d’altérité en modifiant l’acception de termes comme « Européen » ou « étranger » auprès des amateurs de sport dans trois régions différentes en France et en Angleterre. L’ouvrage d’Andy Smith explore des pistes très intéressantes pour l’étude des liens horizontaux entre Européens, mais son analyse et ses conclusions restent inabouties, notamment pour deux raisons. L’une d’elles tient aux limites inhérentes à une enquête qualitative menée par un seul chercheur sur un sujet aussi vaste. L’autre est davantage liée au moment de l’enquête. Menée vers la fin des années 1990, elle n’a eu lieu qu’au début de la transformation profonde que subit le football européen depuis une quinzaine d’années. Il s’agit de trois évolutions simultanées : sur le plan de l’intérêt sportif et économique d’abord, que ce soit pour les clubs les plus importants ou pour les spectateurs, le poids écrasant de la Ligue des Champions est en train d’éclipser les championnats nationaux. Sur le plan des repères identitaires locaux et régionaux ensuite, la législation européenne, depuis l’arrêt Bosman qui a accéléré et intensifié la fluctuation sur le marché des joueurs, confère aux effectifs des clubs des caractères résolument multiculturels. Sur le plan du développement économique enfin, les intérêts transnationaux des grandes entreprises de communication qui distribuent « le produit » football à travers le continent tendent vers la création et le renforcement d’un marché authentiquement européen.
Sous l’effet cumulé de ces trois tendances fortes, la perception des enjeux dont traitait l’enquête d’Andy Smith a été sensiblement modifiée, tout comme le ressenti des appartenances à travers le sport a été modifié par le clivage toujours plus prononcé entre le football des clubs, synonyme d’un brassage postnational sans limites et d’une marchandisation à outrance, et celui des équipes nationales, dotées par opposition d’une aura de « pureté », de « désintéressement », voire de « sacré » (Sonntag, 2008, 113-147). Ceci dit, si le contexte et les discours ont évolué de manière significative durant la dernière décennie, la question centrale posée par Andy Smith reste pertinente, notamment pour une étude des « amours et désamours entre Européens » : la question du regard sur l’Autre et sur soi-même au sein de l’Europe.
On peut s’interroger sur l’impact réel qu’ont les rapports affectifs et horizontaux entre Européens sur la construction d’un projet politique supranational. Il serait peut-être même souhaitable qu’ils n’y en ait aucun et que ce projet ne soit porté que par la raison. Or, les liens affectifs et les perceptions qui existent entre les membres d’une communauté ne sont pas sans répercussions sur leur acceptation de principe d’une « union toujours plus étroite » entre les nations européennes, car cet objectif est implicitement basé sur la présomption d’une communauté de solidarité qui partage un socle de valeurs communes. L’histoire de la création des Etats-nations modernes nous montre que les perceptions et auto-perceptions des nations ne se forgent pas que dans l’arène politique, mais aussi au travers de pratiques sociales largement partagées en dehors de tout contexte politico-institutionnel. Et peu de pratiques sont aussi répandues à travers le continent que le football.

Un terrain d’affirmation identitaire.

Comme le prouvent les manifestations d’affirmation identitaire qui accompagnent chaque grande compétition, le football est une formidable caisse de résonance pour des sentiments d’appartenance particulière. « Sport où le phénomène d’identification est le mieux dimensionné, le plus palpable, le plus constant, le plus organisé » (Yonnet, 1998, 85), le football semble effectivement avoir une propension à déclencher le processus de construction de l’identité sociale qui se fonde sur la constitution et dénonciation d’uno ut -gro up afin de mieux définir, de conforter et de pérenniser l’in-group (Tajfel 1972 et 1978 ; Sherif 1969). Dans un contexte chargé d’émotion, il suggère auprès du spectateur que les deux collectifs qu’il oppose sont emblématiques des groupes sociaux qu’ils représentent, et suscite ainsi une identification partisane forte. L’intensité des émotions psychosociales que le football provoque est telle qu’il a, depuis George Orwell (1945), souvent été comparé à un simulacre de guerre possédant une fonction cathartique (Elias, 1987). Qu’on veuille ou non faire sienne cette analogie un brin superficielle, il n’en reste pas moins que le football est un producteur très fiable de stimuli émotionnels, dont l’attractivité dépend pour une large part de la construction préalable de « l’Autre » dans un espace discursif et délibératif particulièrement dense, qui va des médias internationaux aux conversations de rue.
Il est intéressant de noter que le football ne connaît aucunement le relâchement des appartenances traditionnelles auquel on aurait pu s’attendre suite à l’émergence d’un marché de plus en plus transnational tant pour les joueurs que pour les compétitions et les images. Suivant le rythme de son calendrier pluriannuel, il déclenche des manifestations de masse qui sont autant des auto-célébrations joyeuses que des revendications de reconnaissance collective, et on est en droit de conclure que ce sport reste un agent puissant en faveur de l’ordre national.
On voit mal en tout cas comment il pourrait être utilisé par les institutions communautaires comme « un instrument amplifiant le sentiment d’appartenance à une communauté européenne », comme le souhaitait, naïvement, le Conseil Européen de Fontainebleau en 1984 (Andreu Romeo, 2001, 59). Et il n’est guère surprenant que le rapport Adonnino, commandité par le Conseil avec l’objectif de proposer des pistes pour une « Europe des citoyens » et comprenant une série de propositions pour une instrumentalisation du sport afin de créer une identité européenne par le haut, n’ait jamais été appliqué. Si, dans le contexte du milieu des années 1980, le rapport Adonnino et ses suggestions, comme la création de compétitions ou d’équipes sportives communautaires, ne paraissaient pas dépourvus de sens, aujourd’hui, « les institutions communautaires sont conscientes des risques que ferait courir pareille initiative à l’image déjà fort dégradée de l’Union européenne » (Husting, 2006, 140). A l’ère d’un processus de globalisation culturelle ressenti par beaucoup comme déstabilisant, voire angoissant, le sport – notamment le football – fournit des occasions de manifester collectivement sa résistance aux tendances d’uniformisation ou de convergence, et de célébrer, au vu de tous, sa singularité locale ou nationale. C’est là une expression visible du caractère dialectique de ce processus que mettent en relief les travaux internationaux sur la globalisation culturelle (Barber, 1996 ; Mattelart, 1996 ; Appadurai, 1997 ; Warnier, 1999).
On aurait cependant tort de tirer des conclusions hâtives sur la propension du football à susciter des sentiments d’un nationalisme fermé, voire agressif. Les observations faites sur le terrain lors des grandes compétitions de ces dernières années et à partir de nombreux entretiens menés dans le cadre d’une enquête empirique depuis 2001 (Sonntag, 2008) suggèrent au contraire que le comportement des individus qui forment les foules du football est plus ambigu et mériterait, dans les années qui viennent, des recherches approfondies que la présente contribution doit se contenter d’esquisser.

Et l’auteur de conclure :

La première hypothèse qu’il serait intéressant de vérifier dans une enquête plus large concerne le football vu comme « béquille identitaire ». Ce néologisme peut certes prêter à sourire, mais il nous semble approprié pour exprimer le besoin de réassurance face à la perte de repères identitaires traditionnels inhérente à l’époque actuelle. Il fournit surtout une métaphore parlante pour illustrer les concepts abstraits formulés par les théoriciens de « la constellation postnationale » (Habermas, 1998).
Selon ces derniers, il ne s’agit pas, pour l’Europe, de superposer une identité européenne sur les identités nationales existantes. Au contraire, la légitimité à long terme de l’Union européenne – nécessaire en raison du déclin en puissance des Etats-nations traditionnels – dépendrait de la capacité à opérer un « découplage de l’exercice de l’autonomie démocratique et de son ancrage national historique » (Lacroix, 2004, 19).
Une deuxième hypothèse qui mériterait d’être approfondie repose sur une affirmation très simple : le football n’est qu’un jeu. Aussi galvaudée que soit cette expression, elle n’en permet pas moins de comprendre comment le football s’insère dans les structures identitaires de l’individu européen en ce début de XXIe siècle. Afin que le jeu procure du plaisir, c’est-à-dire fonctionne, il faut à la fois être capable de le prendre totalement au sérieux et, aussitôt la partie terminée, de prendre du recul. C’est avant tout vrai pour les jeux d’où sortent généralement un gagnant et un perdant (ou plusieurs), et chaque enfant doit faire l’apprentissage de cet aller-retour entre l’investissement émotionnel et le recul relativisant.
Comme il a été souligné ci-dessus, le football produit des émotions d’une grande intensité, notamment dans l’expression collective des sentiments d’appartenance. Mais comme il n’est malgré tout qu’un jeu, il rend aussi possible et faisable une certaine distanciation ironique, une prise de recul de l’individu par rapport à son propre besoin de communauté culturelle.


20100402

L’enjeu du Service public

« L’enjeu du Service public »,
Raison présente,
N° 173, Paris, Nouvelles Editions rationalistes, 2010.

 Christian Ruby
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Europäischen Versorgungsunternehmen
Public service in the European Union.
Servicios públicos Europeos
servizi pubblici européens
Υπηρεσίες européens publics
Diensten publics européens
Услуги публика européens
Teenused publics Européens
Usługi publiczna européens


Kamusal hizmet (Service Public) tartışmasının Fransızlara ve Fransa'ya ait bir tartışma olduğunu düşünenlerin sayısı oldukça fazla. Öyle ki, "Fransa devletçi ve merkezci bi yapıya sahip bir ülkeyken öteki Avrupa ülkeleri ise daha liberal" düşüncesine sahip olanların sayısı oldukça fazla. Ancak kamusal hizmet tartışmalarının Avrupa kanunlarının içinde bulunduğunu da unutmamalıyız.

One might think that the debate around Public Service is largely a French concern, especially in light of the common belief that other European states are fundamentally liberal regarding this issue, while France is static and centralistic.  Despite how much sense this view might hold, it remains that the issue of Public Services is contained in defining European texts.


            On pourrait croire que le débat autour du Service public est un débat très largement franco-français, si du moins on prend à la lettre les propos de beaucoup de ceux qui prétendent que les autres pays européens sont fondamentalement « libéraux » alors que la France serait, en cette matière, étatique et centralisatrice.
            Quoi qu’il en soit de certains aspects de ces propos qui ne sont pas entièrement insensés, il n’en reste pas moins vrai que :
-          La question des Services publics est inscrite dans les textes européens ; 
-          Que chaque pays membre de l’Union dispose de Services publics, même s’il ne sont jamais les mêmes d’un pays à l’autre (question d’histoire, de choix politique, d’économie) ;
-          Au lieu d’éviter le débat généralisé, nous ferions mieux de nous poser la question de savoir ce que pourraient être à la fois :
o       Des Services publics européens,
o       Et des coordinations entre les Services publics des différents membres de l’Union.

C’est en tout cas ce à quoi s’attache pour partie le numéro de revue ici signalé.
Il rappelle d’abord que l’article 14 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne associe valeurs communes et services d’intérêt économique général : « Sans préjudice des articles 93, 106 et 107, et eu égard à la place qu’occupent les services d’intérêt économique général, parmi les valeurs communes de l’Union ainsi qu’au rôle qu’ils jouent dans la promotion delà cohésion sociale et territoriale de l’Union, la Communauté et des Etats membres, chacun dans les limites de leurs compétences respectives et dans les limites du champ d’application du présent traité, veillent à ce que ces services fonctionnent sur la base de principes et dans des conditions qui leur permettent d’accomplir leurs missions ».
            Il rappelle ensuite que la question est posée dans chacun des pays européens. Bien sûr, à des titres différents, dans une histoire différente et en fonction d’objectifs différents. Mais justement, n’y aurait-il pas en cela une ressource de débat intéressante. Un auteur constate sur ce plan que l’Europe se caractérise par :
-          Une série de diversités. Les termes utilisés sont différents et souvent mal traduisibles d’un pays à l’autre, il existe une forte différence en matière de doctrines et de concepts, les échelons territoriaux compétents ne sont pas les mêmes selon les activités, les modes d’organisation divergent.
-          Mais aussi une profonde unité : dans tous les pays européens, les autorités publiques ont été amenées à considérer que certaines activités ne pouvaient par relever du droit commun de la concurrence et des seules règles du marché, mais de normes spécifiques d’organisation et de régulation.
Et l’auteur (Pierre Bauby) de remarquer que trois objectifs sont communs :
-          Garantir le droit de chaque habitant d’accéder à des biens et des services fondamentaux (éducation, santé, sécurité, transports, communications) ;
-          Construire des solidarités, assurer la cohésion économique, sociale et culturelle, développer le lien social, promouvoir l’intérêt général de la collectivité concernée ;
-          Prendre en compte le long terme et les intérêts des générations futures, créer les conditions d’un développement durable à la fois économique, social et environnemental.

            Ce numéro de la revue Raison présente pose ensuite la question d’une propriété publique mondiale, via celle d’une propriété publique européenne :
            On n’imagine pas que le contrôle aérien, par exemple, puisse être abandonné aux règles du marché ; que les compagnies aériennes privées pourraient s’en remettre à la « main invisible » ou à la concurrence pour déterminer les niveaux de vol ou les couloirs de circulation.
            Et les directeurs de ce numéro de conclure : « De plus en plus de services publics seront nécessaires dans l’avenir et c’est dans le cadre de cette hypothèse que nous devons placer nos réflexions et nos propositions ». Des services publics industriels et commerciaux correspondant à la gestion des biens reconnus comme communs devront être envisagés : l’eau, certaines productions agricoles et alimentaires, des ressources énergétiques, des services administratifs relatifs à la production de services techniques, les télécommunications, certains transports, l’activité météorologique et spatiale, de nombreux domaines de la recherche scientifique, des services d’assistance médicale, des services administratifs organisant la coopération des pouvoirs publics nationaux et internationaux, la sûreté, la suppression des doubles emplois, la réglementation des différentes formes de coopération dans toutes les catégories administratives.

            Enfin, il éclaircit les présupposés philosophiques de la question des Services publics. Sur ce plan, même si les références nationales sont très différentes – en France nous renvoyons le plus souvent à Léon Duguit, « premier théoricien » du Service public, au XIX° siècle -, il est possible de réfléchir à cette question en posant le problème du Bien commun (version Aristote) ou de la Solidarité (version Léon Bourgeois, Max Weber), voire celui de la cohésion sociale. Et sur ce dernier plan, il est clair que chacun des pays européens dispose de philosophes de référence qui peuvent tous contribuer à renouveler la question.
            C’est sans aucun doute à cela qu’il convient maintenant de s’attacher : une analyse philosophique contradictoire et différentielle des philosophies de la multiplicité et de la solidarité, dans le cadre européen, non d’ailleurs, pour nous enfermer dans ce cadre, mais pour affermir une pensée susceptible d’être proposée à tous.



20100401

Bibliographie sur/des européens.

Le Spectateur Européen
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Quelques ouvrages à recommander, portant sur les européens.

1 - Im Buch "Wir Europäer" von Matthias von Hellfeld finden Sie weitere Informationen über Europas Weg zu Freiheit und Demokratie.
2 - Erschienen ist "Wir Europäer, der schwierige Weg zu Freiheit und Demokratie" im J.H.W. Dietz Verlag, erhältlich für 14,80 Euro. (ISBN: 978-3-8012-0387-0)

3 - Generation 89 : Psychogramm einer Generation. Realisation: Simone Hüls; Redaktion: Alexander Freund. Über : www.dw-world.de/dw/0,,12543,00.html

4 - Hinterland, Feridun Zaimoglu, Kiepenheuer & Witsch Verlag, 2009.

5  - We are l’Europe, Jean-Charles Massera, Paris, Verticales, 2009.

6 - La ruée vers le global, Le Débat, Ecrire l’histoire du monde, Collectif, Gallimard, 2009.

7 – Les Nouvelles frontières de la société française, Didier Fassin (dir), Paris, La Découverte, 2009.



3 - Generation 89 : Psychogramm einer Generation. Realisation: Simone Hüls; Redaktion: Alexander Freund. Über : www.dw-world.de/dw/0,,12543,00.html
Der Fall der Berliner Mauer, die Öffnung des Eisernen Vorhangs, das Ende des Kalten Krieges – das Jahr 1989 mit seinen gewaltigen politischen Umwälzungen war nicht nur für die Deutschen und Europäer ein Schicksalsjahr: In China machte das Militär mit dem Massaker auf dem Platz des Himmlischen Friedens alle Hoffnungen auf Öffnung und Demokratie zunichte. Die Sowjetunion zog indessen ihre Truppen nach zehn Jahren aus Afghanistan zurück, Frieden hat das Land trotzdem nicht gefunden. Im Iran starb Ayatollah Khomeini, der zehn Jahre zuvor die Islamische Revolution angeführt hatte. In Chile wurde das seit 1973 herrschende autoritäre Regime abgewählt und die Demokratie wiederhergestellt …        20 Jahre sind seit dem Schicksalsjahr 1989 vergangen – aber was wissen die heute 20-jährigen überhaupt noch von den historischen Ereignissen? Wovon träumen sie, wovor haben sie Angst? DW-Radio/DW-WORLD.DE zeichnet ein Psychogramm der Generation89 mit Beispielen aus Ost- und Westdeutschland, aus Polen, Bulgarien und Rumänien, aus Afghanistan, dem Iran, aus China und Chile.
4 - Hinterland, Feridun Zaimoglu, Kiepenheuer & Witsch Verlag, 2009.
            Mit seinem neuen Roman, Hinterland, nimmt Feridun Zaimoglu den Leser mit auf eine Reise, die von den Metropolen Osteuropas bis auf eine Insel in der Nordsee führt, von Prag nach Berlin, Istanbul, Ankara, För und zurück. Im Mittelpunkt stehen Ferda und Aneschka, die sich in Prag gefunden haben, aber immer wieder trennen, um ihren eigenen Weg zu gehen. Elmar Krekeler, Die Welt : « Hinterland ist ein transeuropäisches Liebeswirwarr, ein Geschichtengeflecht, ein Märchenwald, ein Trostbuch ».


5 - We are l’Europe, Jean-Charles Massera, Paris, Verticales, 2009.
« We Are l’Europe vient d’un constat : l’imaginaire collectif de la petite bourgeoisie blanche occidentale, son rayonnement, ses certitudes, ses représentations d’elle-même, tout part en couilles. Vu la tournure que ça prenait, c’est plutôt une bonne chose… » 
Après We are la France, Jean-Charles Massera et Benoît Lambert démontent les nouveaux dispositifs idéologiques et comportementaux pour en extraire des portraits d’une profonde humanité.
Ça parle de quoi, Massera ? De l’époque, à coup sûr. Mais en disant cela, on n’a pas dit grand-chose. Tout le monde, finalement, parle de l’époque. Les journalistes, les politiques, les publicitaires, les psychologues, les économistes, les sociologues, les philosophes, les sportifs, les chanteurs, les directeurs des ressources humaines… : autant de discours concurrents (ou complices, selon les cas) qui prétendent capter l’air du temps.
Jean-Charles Massera, lui, ne rajoute pas sa petite analyse personnelle à celles qui s’affrontent déjà dans l’espace public. On pourrait dire au contraire que tout son travail d’écriture consiste à travailler de l’intérieur les discours déjà produits, pour les faire bégayer. Massera a lancé une guérilla burlesque et dévastatrice au sein même des langues officielles (dépêches journalistiques, mots d’ordre publicitaires, discours politiques, analyses d’experts…) en confrontant toujours le point de vue hyper-global depuis lequel elles s’élaborent (le village-monde) à la situation hyper-locale de leurs destinataires (les caissières de Mâcon, les cadres de Suresnes ou les ouvriers de Sochaux). À preuve ses titres-slogans, dans lesquels l’anglais, nouvel esperanto mondial, télescope souvent le français « bien d’chez nous » (United emmerdements of New Order, United problems of coût de la main d’œuvre, All you need is ressentir, We are l’Europe…) 
Du coup, Massera démonte patiemment (et parfois violemment) nos mythologies contemporaines, et les nouveaux dispositifs d’aliénation sur lesquels elles prolifèrent.
Mais son travail ne rejoint pas pour autant les discours de dénonciation ambiants, tels que les médias les répercutent. Pour lui, il s’agit moins de dénoncer les coupables que de se demander « comment font les gens ». Car les effets d’imposition symbolique et matérielle engendrent toujours des stratégies de résistance, même ténues, même invisibles, de la part de ceux qui les subissent. Et les gens, même dominés, même écrasés, bricolent des réponses, des usages et parfois des plaisirs à partir de « toute la merde qu’ la télé veut nous faire avaler ». De là cette revendication d’une esthétique du « faire avec » dans le travail de Massera, qui n’a rien à voir avec une quelconque résignation aux nouvelles règles de la domination. S’il s’agit bien de construire un discours critique sur les nouveaux dispositifs idéologiques « soft » qui envahissent tranquillement les existences, il s’agit aussi d’être attentif à des « manières de faire » à partir des environnements immédiats de nos vies. 
Quel air respirons-nous, et qu’est-ce que ça nous fait ? 
Qu’est-ce qu’on fait avec la variété, avec la pub, avec le sport, avec la télé ? 
Où plutôt : comment ça marche, et qu’est-ce qu’on fait avec ?
Benoît Lambert (source Internet).

6 - La ruée vers le global, Le Débat, Ecrire l’histoire du monde, Collectif, Paris, Gallimard, 2009.  
Depuis quelques temps dans les séminaires, colloques et conversations d’historiens, on n’entend plus parler que de la World History, de la Global History ou pour ceux qui s’aventurent à la traduction, « l’histoire globale », « l’histoire du monde » ou même « l’histoire-monde », expression utilisée en particulier par Olivier Pétré-Grenouillot. L’engouement un peu extatique peut agacer. Les effets de mode, ou plus rustiquement, de légitimation académique par l’importation des derniers gadgets  intellectuels made in USA, ne sont sans doute pas pour rien dans cette ruée vers le global. Par ailleurs, le sentiment du fameux « village planétaire », la révolution des communications, l’impression d’un monde où les dynamiques d’interdépendance se renforcent, tout cela explique en partie l’émergence de cette notion dans le paysage historiographique des dernières années.  Certains font la moue : où a-t-on vu que notre monde permet des circulations plus simples ? Pour qui ?  Les sciences sociales ne sont pas obligées d’adopter le point de vue de riches touristes occidentaux  . De plus, le fait que ce courant d’histoire globale vienne du monde universitaire anglo-saxon complique l’affaire d’un zest d’orgueil intellectuel national offensé en France.

Après les Annales   et la Revue d’histoire moderne et contemporaine  , Le Débat s’empare à son tour de cette « histoire du monde » afin d’y voir un peu plus clair. La première partie du numéro s’attache à en dresser la généalogie, à en cartographier le champ de recherche et à la distinguer du genre ancien des histoires universelles ; une deuxième partie donne de la chair empirique à ces réflexions théoriques en publiant quelques articles traduits d’historiens américains pionniers de la discipline - William  H. Mc Neill, Marshall G. S. Hodgson - de la deuxième génération - John H. Elliott ou Immanuel Wallerstein - et d’historiens français associés à ces problématiques comme Serge Gruzinski. Enfin, une troisième partie est ouvertement critique avec les contributions de l’anthropologue Alain Testart et du politologue et africaniste Jean-François Bayart qui instruit une accusation très nourrie à l’encontre des postcolonial Studies allergiques, selon lui, à l’ambivalence fondamentale de la situation coloniale. La lecture de ce dossier, riche car polyphonique, donne une idée concrète de la très grande diversité des résultats que produit l’histoire dite globale, de sa réflexivité intense, des lourdes incertitudes sémantiques qui pèsent sur la compréhension de sa définition et de ses effets politiques chargés.

7 – Les Nouvelles frontières de la société française, Didier Fassin (dir), Paris, La Découverte, 2009.

            Par un remarquable paradoxe, à mesure qu’elles s’ouvraient en interne à la circulation des biens et des personnes, les frontières de l’Europe se sont refermées aux étrangers, désormais indésirables, en provenance des pays non communautaires. Avec les restrictions ainsi imposées aux flux migratoires, se dont développées des législations et des dispositifs de plus en plus répressifs, incluant la dissémination de lieux d’exception tels que les zones d’attente pour personnes en instance, les centres de rétention pour les étrangers, et les camps de réfugiés aux portes de l’Europe.
            Mais parallèlement, une autre réalité, moins perceptible, s’est traduite par la constitution de frontières à l’intérieur de l’espace national français, par exemple : qu’on les qualifie de raciales, ethniques ou religieuses, elles définissent des lignes de partage que la reconnaissance tardive des discriminations et la montée de revendications minoritaires ne permettent plus d’ignorer.
            Ce deux mouvements par lesquels se cristallisent les frontières extérieures et les frontières intérieures, la question de l’immigration et l’enjeu de la racialisation, sont étroitement liés.
            Cet ouvrage restitue une recherche conduite durant 4 ans par une équipe de 24 sociologues (Matina Avanza, Eric Fassin, Stéphane Beaud), anthropologues (Jérôme Valluy), historiens (Gérard Noiriel), politistes, juristes, psychiatres et psychanalystes.