20100304

Sienne : une ville singulière

Josette Delluc
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Eine Stadt, die in keine Schublade passt. Überraschend ist, wie gross der Antiel der Civilizationen an Siennes Schaffen ist. Ausserdem, immer wieder in den vergangenen Jahren schien Sienne (Italia) vom Krieg bedroht. Immer hat er überlebt. Sienne, das ist die Stadt von die Brüder Lorenzetti, und von Fruttero and Lucentini. Das ist heute, für uns, die Hauptstadt von vielen Abendteuer. Und vor mehr als 1000 Jahren, wurde die Stadt mit vielen Influenzen gegründet. Und heure noch. Als ob sie selber auch immer auf der Suche nach neuen Formen sei.

Singularidad pero tambien ejemplar a Sienna, esa ciudad ilustra la realidad de los cambion quien han contribuido a la formacion de un conjunto cultural europeo. Nacido tante de la belleza y de la riquessa del lugar el genio de los hombres, ha asimilado la tradicion y varios prestamos. Sienna queda sin embargo, un centro de cultura donde se exprima, en medio de la nuevas ideas el concepto de Europa. La idea de Europa aparece solamente al siglo XV, mientras que las transformaciones del mundo trastorna las escalas, la cartografia, y la percepcion misma del espacio. Una nueva frontera se establece al este, dibujado progresivamente, por las conquistas de los Ottomans quien tomaron posesion de la tierra santa y controlan en 1453 Constantinopole. No puedan aceptar ese fracaso frente al Islam, el nuevo papa a partir de 1458 trata de organizar una cruzada contra los Turcos.



The exemplary singularity of Siena illustrates the reality of exchanges that have contributed to the formation of a cultural Europe. Born in both the beauty and richness of the place and the genius of mankind, she has assimilated the tradition and multiple loans.
Nevertheless Siena remains, a center of culture which expresses, among the new ideas, the concept of Europe. The idea of Europe only appears in the XV century, as the transformations in the world unbalances the scales, the mapping, and the perception of space itself. A new frontier is established to the east, gradually drawn by the conquests of the Ottomans, who took possession of the Holy Land and took over Constantinople in 1453. Unable to accept this defeat against Islam, in 1548 the new pope tries organize a crusade against the Turks.

Siena Avrupa'nın sıradan şehirlerinden biri değil. Aksine, Avrupa'nın Siena'dan örnek alması gereken noktalar bir haylı fazla.  Öyle ki, şehirde yapılan ticari ve kültürel alışverişler Avrupa topluluğunun oluşmasına önemli katkılar sağladı. Siena Avrupa "konseptinin" şekillendiği ilk şehirlerden biri. Aslında Avrupa "konsepti" 15'inci yüzyılda, örneğin kartografi alanındaki gibi dünyada gerçekleşen kökten değişikler esnasında oluşmaya başladı. Sınırların yeniden çizildiği bir dönemde oluşan bir "konsept". Tıpkı Doğu'da olduğu gibi. Zira, Osmanlıların 1453'de Konstantinopl'u (Istanbul'u) ele geçirmesi Avrupa sınılarının oluşmasında önemli bir olay. ( Bugünün sınırlarının bu olaya göre şekilenmesi gerekiyor diyenler bize göre yanlış düşünüyor). Istanbul'un fethi neticesinde, Islamiyet karşısında mağlubiyete tahamüllü olmayan Papa ,1458'den itibaren Türkler'e karşı haçlı sefer organize etmişti. 


Tenter d'expliquer les particularismes de cette petite ville italienne permet de l'inscrire dans l'histoire et d'évoquer quelques caractères de la culture européenne.
Suarès, cet amoureux de l'Italie qu'il parcouru à pied en 1893, est transporté au seul contact de Sienne : « je ne suis pas ici depuis un quart d'heure, je tiens tous les fils de brique et de pierre de la Cité. Je l'aime et la respire et la baise dans tous ses pores. Sans l'avoir jamais vue, je la reconnais. » Cette expression exaltée et excessive des sentiments traduit à la fois la volonté d'effet littéraire et la nature passionnée du poète. Mais comment comprendre l'immense succès populaire de cette petite ville aujourd'hui, alors qu'elle n'offre, en dehors de la période du Palio, aucune attraction spectaculaire. Seule une réalité architecturale s'impose à tous, elle abrite une richesse culturelle moins directement accessible. La ville s'est étendue au cours du Moyen Age et les remparts ont non seulement assuré sa pérennité mais ont aussi sauvegardé son unité, la ville moderne ayant été maintenue à l'extérieur. Les ruelles longent de sévères façades des XIII° et XIV° adoucies par la couleur ocre de la brique et souvent alliée à la pierre et au bois vieilli des portes.
Sans imposer d'uniformité, l'unité architecturale présente un élégant ensemble gothique résultant parfois du hasard, parfois d'un vrai projet d'urbanisme. Les réseaux des rues correspondaient au XII° et XIII° siècles, à l'aménagement souhaité par les nobles reliés entre eux selon leurs alliances. A l'issue de luttes intestines, les palais des seigneurs vaincus étaient obligatoirement détruits après pillage. Ensuite la municipalité de cette ville émancipée dès le XII° siècle, choisissait d'établir des places ou d'ouvrir des rues. De plus le Conseil des Neuf dans la première moitié du XIV° siècle imposa des règles pour veiller à l'harmonie des façades des bâtiments qui bordent le Campo, il décida du pavement de briques qui souligne la légèreté de la forme en éventail de la place. Au total est née une ville dont la perfection semble émaner des projets d'un précurseur de Nicolas Ledoux ou d' Étienne Louis Boullée qui aurait dessiné une cité idéale. Du Palais public, jusqu'à la cathédrale et à l'oratoire de Saint Bernardin, c'est une vaste ville médiévale qui s'étend. Cette ampleur étonne, Sienne a conservé exactement l'aspect des cités qui ponctuaient le territoire de l'Europe féodale. C'est pourquoi, au cours de sa promenade, chaque visiteur qu'il soit scandinave, espagnol, polonais, ou hongrois, tout en admirant les tours et arcs siennois éléments particuliers de cette architecture, pense sans doute, comme André Suarès « sans l'avoir jamais vue, je la reconnais », car il s'établit une immédiate familiarité avec ce site, la perception de la ville originale de l'Europe.
C'est le dynamisme de ses relations commerciales qui favorisa l'essor de la ville. Il est surprenant de remarquer que bien que située au milieu de collines, Sienne n'a pas souffert d'enclavement, au contraire, elle bénéficia d'une situation géographique favorable sur l'axe reliant Rome au nord de l'Europe. Ainsi contribue-t-elle au renouveau des échanges au cours des XII et XIII° siècles, Fernand Braudel dans son étude de la Méditerranée rappelle qu'elle exporte du blé vers l'Espagne et qu'elle est une des premières puissances financières active dans les foires de Champagne. Elle compte parmi les principaux centres italiens qui restaurent et soutiennent l'activité européenne. Sa puissance économique est incontestable comme son autorité politique sur la Toscane, freinant les ambitions de Florence. Mais la date de 1348 marque la fin de son apogée, dominée par les Français puis par l'empereur Charles Quint, en 1555 elle est intégrée au Duché de Toscane, Florence devient la capitale incontestée dirigée par les Médicis, l'Italie est dominée par les Princes, il en est fini des « cités-États ».
Sienne reste, cependant, un centre de culture où s'exprime, parmi les idées nouvelles, le concept d'Europe. L'idée d'Europe n'apparaît qu'au XV° siècle, alors que les transformations dans le monde bouleversent les échelles, la cartographie, et la perception même de l'espace. Une nouvelle frontière s'établit à l'est, dessinée progressivement, par les conquêtes des Ottomans qui prennent possession de la Terre Sainte et contrôlent en 1453 Constantinople. Ne pouvant accepter cet échec face à l'Islam le nouveau pape à partir de 1458, tente d'organiser une croisade contre les Turcs. Pie II, n'est pas né à Sienne mais il y vécut, y fit ses études, en fut l'évêque et contribua à enrichir son architecture. Sa vie mouvementée est représentée, en 1505, par les fresques de Pinturicchio dans la salle de la cathédrale qui abrite et expose aujourd'hui, les recueils de sa précieuse bibliothèque. Aenas Sylvius Piccolomini avant d'être pape fut un grand Humaniste: poète, géographe, en contact avec des moines et lettrés qui fuyaient Constantinople, il devient un homme de la Renaissance et redécouvre l'Antiquité. C'est ainsi que ce personnage complexe contribue à définir les triples fondements de la culture européenne affirmant qu'elle est établie sur la Grèce, Rome et le Christianisme. De cette manière, au cours du XV° siècle s'est forgée la prise de conscience d'une entité européenne: ses valeurs anciennes sont rappelées et attribuées au territoire qui se définit; sa frontière occidentale émergera de la découverte du Nouveau Monde à la fin du siècle.
Auparavant Sienne avait choisi de s'allier à un autre personnage dont la vie est encore plus étonnante que la légende : Frédéric II qui a contribué à sa manière au dynamisme culturel dans la péninsule italienne. Empereur germanique il impose sa puissance à une grande partie de l'Europe, d'Italie aux rives de la Baltique et aussi en Méditerranée jusqu'au Moyen Orient. Il réside souvent en Sicile où il brise la féodalité et établit une structure étatique, base d'une puissance inégalée jusqu'à Charles Quint. Cependant dès 1220 il reconnaît les droits des cités gibelines, qui, comme Sienne, ont pris son parti et non celui du pape. L'empereur est un érudit, homme de sciences, comme son grand père maternel, le roi Roger, il étudie la science arabe en Sicile. Il crée à Naples en 1224 la première université qui échappe à L'Église, une université d'État, placée sous son contrôle. Frédéric II n'est pas seulement un mathématicien, il est l'un des premiers à rédiger des poèmes en italien, avant même que Dante ne glorifie sa langue maternelle; L'œuvre est rapidement diffusée à Sienne ou à Pise par l'intermédiaire de ses fonctionnaires.
Par ailleurs l'influence de Frédéric II est déterminante dans le domaine monumental. Bien avant la Renaissance, il redécouvre l'art antique et l'impose comme modèle à ses sculpteurs en exigeant la représentation en ronde bosse. Il fait créer une nouvelle statuaire, sans doute en grande partie au service de sa grandeur. La transmission se fait avec Niccolo Pisano 1206-1280, bien que toscan, il a travaillé chez les tailleurs de pierres du sud de l'Italie et fait connaître chez lui cette manière, en réalisant la chaire du baptistère de Pise achevée en 1260 puis celle de la cathédrale de Sienne 1266-1268 à laquelle participa son fils Giovanni. Ensuite, ce dernier est chargé du décor extérieur de la façade du bâtiment. Aujourd'hui abritées dans le Musée de l'œuvre (de l'Eglise) Métropolitaine, ces statues sont exposées à hauteur du visiteur ce qui permet de distinguer l'individualité prêtée à chaque visage, l'étude de la posture de chaque corps selon qu'il doit exprimer la jeunesse ou la vieillesse. Elles constituent une véritable série de portraits d’évêques, papes ou saints, preuve d'un intérêt marqué pour l'Homme, antérieur au tournant du Quattrocento. Dans ce moment essentiel des origines de la Renaissance les artistes, à Sienne, réalisent le passage du plat au volume. Non seulement Pisano y introduit dès le XIII° siècle la technique de ronde bosse mais la représentation de l'espace se formalise aussi dans la peinture, et Daniel Arasse propose les frères Lorenzetti comme inventeurs de la perspective au début du XIV° siècle.
En répondant aux commandes de riches marchands, ou le plus souvent de l'Église ou de la Municipalité, les peintres de «l'école de Sienne» exercent leur nouvelle manière de représenter. Le Palais Municipal est à cet égard le bâtiment civil le plus riche en témoignages. Réalisées du XIV au XVI° siècle de grandes et nombreuses fresques répondaient à une volonté politique d'auto-célébration, bien conservées pour une grande part, elles deviennent aujourd'hui de précieux documents pour l'histoire et l'histoire de l'art. Ainsi, dans la salle dite de « La mappemonde » est évoquée la victoire que Sienne a remportée sur Florence en 1260 à Monteparti grâce au Guidorriccio da Fogliano. Ce condottiere à la fière allure est représenté sur son cheval en 1328, par Simone Martini, lors du siège de Montemassi alors qu'il fait face au soulèvement florentin. La détermination du héros, l'ordonnancement du camp militaire, affirment la domination de Sienne. La simplicité du dessin, correspond à l'austérité médiévale et la description du paysage, présentant les collines comme site de défense, atteste de cette période de troubles.
Ambrogio Lorenzetti, quelques années plus tard entreprend un travail d'une grande complexité. Il peint entre 1337 et 1340, dans la « Salle des Neuf » les Effets du bon et du mauvais gouvernement. Sur trois murs, la fresque envisage les valeurs et programme politique de la municipalité et décrit l'environnement de la cité. Le bon gouvernement est incarné par sept allégories féminines telles que la Foi, la Charité, la Prudence ou la Justice, le dessin très précis des visages et chevelures, l'alignement de ces figures hiératiques, le décor de tissus à motifs semblables à une mosaïque polychrome témoignent encore de l'influence de l'art byzantin et donne beaucoup de sérénité à une scène placée sous l'égide divine et où sont rassemblés les citoyens décrits dans leur diversité. La présence de soldats évoque la force et l'assurance de la défense de la cité, la paix. Très étonnante est la représentation des effets du bon gouvernement sur la ville, Sienne est reconnaissable à ses tours carrées, sa cathédrale et l'artiste sait donner volume et élégance. Ses rues sont animées, différentes activités commerciales ou artisanales sont indiquées. La population s'y déplace à cheval ou à pied, ou exprime sa gaité en écoutant de la musique. Le peintre traduit l'atmosphère heureuse dans une ville riche et bien administrée. Les effets du bon gouvernement sont aussi étudiés sur la campagne. La réalité du paysage du cœur de l'Italie est presque photographique Nous reconnaissons les plantations d'oliviers et de vignes sur les coteaux et les champs de céréales dans la plaine, une agriculture bien organisée, des hommes au travail une impression d'abondance. Le dessin minutieux adopte le mouvement et le volume, non seulement il s'éloigne de la tradition picturale, mais en outre un siècle avant Les Très Riches Heures du duc de Berry, il apporte une valeur documentaire surprenante. Les effets du mauvais gouvernement présentent au contraire des personnages démoniaques et maléfiques tout droit sortis de l'imaginaire du Moyen Age: le noir domine, la famine sévit, la campagne est en friche, les pierres et mauvaises herbes deviennent envahissantes, des hordes de vagabonds armés évoquent le danger. Cette fresque riche de renseignements sur la vie quotidienne et les espoirs ou malheurs de la population, est une description saisissante de la ville et de son site au XIV° siècle, elle exécute le souhait de la Municipalité qui s'engage à préserver la concorde et la prospérité. Ambrogio Lorenzetti répond à ce projet politique par un travail qui enchante par sa beauté et laisse deviner la volonté novatrice du créateur et l'annonce de la fin prochaine du Moyen-Age.
Le projet esthétique et politique concernant le Palais Municipal, s'achève magistralement avec la commande faite à Domenico Beccafumi pour le décor du plafond de la salle du Consistoire. Réalisées entre 1529 et 1535 ces fresques magnifient, par exemple, L'amour de la patrie, La justice, La Concorde entre les citoyens, et glorifient la république en reprenant des scènes de l'Antiquité principalement romaine. Ainsi, Le dictateur Postumius Tiburtius et son fils unique évoque l'obéissance du chef militaire au politique, La réconciliation de Marcus Lepidus et Flavius Flaccus confirme que l'intérêt de l'État prime sur l'ambition personnelle, L'exécution de Spurio Melio rappelle la crainte de l'instauration de la Tyrannie. Cette pièce est devenue aujourd'hui la salle des mariages, il est possible d'y admirer « cette œuvre unique » qui «montra», écrit son contemporain Vasari : « les mérites et la valeur de Domenico qui, en toute occasion, fit preuve d'un métier sûr, d'un jugement supérieur, d'un immense talent. » Le contraste est saisissant entre la réalisation vive et alerte et la rigueur moraliste des thèmes, l'expression extravagante, le gonflement des muscles et position des corps outrancière, jeu sur la perspective ont pour objectif de dépasser les principes de la Renaissance. La virtuosité de l'artiste est visible aussi dans de nombreux autres édifices et en particulier dans ses réponses aux commandes de l'Église. Ainsi, Beccafumi avec Giovanni Antonio Bazzi dit Sodoma et Girolamo Pacchia, participe à la réalisation des peintures de l'oratoire de Saint Bernardin. Ces fresques sont consacrées à la vie de la vierge et malgré les différences entre les 3 artistes, influence forte de Léonard de Vinci et Raphaël chez Sodoma, jeunesse et inexpérience sensible de Pacchia son élève, et, plus grande personnalité de Beccafumi, la technique maniériste qui leur est commune contribue à offrir un bel ensemble où la religion semble bien être un prétexte au plaisir de peindre dans un temple dédié à l'art, comme la chapelle de Scrovegni de Giotto à Padoue ou la Scuola Grande di San Rocco de Tintoret à Venise.
L'influence des grands maîtres principalement de Michel Ange sur Beccafumi, est nettement perceptible dans ce qui fut l'œuvre de sa vie : le pavement de la cathédrale de Sienne. Commande extraordinaire en importance : 35 panneaux de marbre sur les 56, extraordinaire comme projet : un sol gravé qui déploie aux pieds des fidèles, en guise d'enseignement, des scènes de l'Ancien Testament ou de la mythologie. Les cartons de Beccafumi, conservés et exposés au Musée de l'œuvre (de l'Église) Métropolitaine permettent de comprendre la particularité de sa technique de dessin. « Le trait est instable, incertain, récursif mais les contours approximatifs, sont vivants et raffinés » ainsi Dominique Cordellier conservateur en chef du musée du Louvre décrit-il le travail de Beccafumi et précisément « le réseau de hachures croisées, plat et presque abstrait » qui caractérise sa manière. 
La richesse architecturale et picturale  de Sienne lui confère une forte personnalité qui peut être définie selon les trois règles du théâtre classique. Aujourd'hui, l'unité d'action est manifeste, l'ancienne Cité-État est devenue une ville-musée. Certes, la campagne restée proche, constitue toujours le décor sublime qui entoure ce merveilleux site des trois collines et la viticulture y reste dynamique mais la charge principale de la municipalité est d'entretenir les anciens palais et les centres religieux. Ils abritent maintenant, des universités souvent réputées où les langues sont enseignées, où des musiciens viennent étudier, et où un travail de recherche scientifique est mené avec succès. De même de nombreuses institutions municipales ou internationales occupent les anciens bâtiments restaurés. La ville vit de son héritage, en s'accommodant de la polarisation régionale qui est favorable à Florence.
L'unité de lieu ou du lieu donne à Sienne sa marque, son caractère primordial et la rend identifiable. Par ailleurs, l'architecture médiévale qui porte un décor renaissance renferme dans ses musées des données artistiques ou techniques, des informations sur la vie quotidienne, les idées nouvelles, les pouvoirs religieux et politique, qui permettent d'approcher au plus près du passé de la cité. Pour en comprendre le fondement revenons à la réflexion d'André Chastel. Il confirmait la singularité de cette ville lorsqu'il soulignait les particularismes locaux en Toscane riche de « l'école » de Pise différente de celle de Florence et de celle de Sienne. Chastel insistait sur le fait que « l'art italien » était issu de la diversité et il indiquait la difficulté à le définir encore après la disparition des « cités-États ». De la même manière tenter de démontrer la nature homogène de Sienne et son école renvoie paradoxalement au multiple et à la complexité. Chastel expliquait la variété par la prégnance du lieu: la terre pour Florence (et évidemment pour Sienne), la mer pour Venise, et aussi, les multiples influences extérieures qui ont nourri la création italienne. Les liens avec l'étranger ont été établis selon différents facteurs : la situation des régions, les contacts commerciaux, les alliances politiques ou les épisodes de domination. Ainsi les Normands et les Angevins transmirent l'art gothique au nord de l'Italie, alors que Byzantins et Arabes léguèrent l'art roman au sud. Nous pouvons constater qu'à Sienne au centre du pays, cette perméabilité est traduite par la double présence du gothique et de l'art byzantin. Le talent des artistes consiste à accueillir les influences sans se limiter à une simple copie, ainsi au début du XIV° siècle le peintre Duccio di Buonisegna allie ces deux apports apparemment contradictoires et réalise des œuvres qui ont bouleversé son époque. La pose de sa Maestà dans la cathédrale fut un grand événement esthétique et religieux. Après Duccio, c'est Ambrogio Lorenzetti qui dès ses premières œuvres apporte des variations à l'art byzantin: l'ondulation élégante du dessin de La Madonna del Latte interprète l'icône traditionnelle pour mieux exprimer la tendresse de la mère qui nourrit son enfant. C'est cette préoccupation inventive qui le conduira à représenter la perspective. Il apparaît que « l'école de Sienne » se construit en s'ouvrant aux héritages et emprunts et se détermine par ses rejets et réactions innovatrices. 
L'unité de temps est l'élément structurant de Sienne qui pourrait-être qualifiée de ville des origines. Déjà la légende de sa création fait référence à la naissance de Rome mais surtout la splendeur de la ville correspond à une période bien définie du XII° au XIV° siècles où elle a accueilli  certains des artistes et penseurs dont les travaux  menèrent aux bouleversements de la Renaissance. Puis Sienne s'affaiblit au XV° siècle alors que Florence Rome et Venise deviennent les centres de la puissance où les maîtres sont conviés pour concevoir et décorer les fastueux édifices qui surgissent de ce renouveau. La grandeur de Sienne s'achève avec le dernier éclat inventif des peintres maniéristes, Beccafumi et Sodoma, qui ont retenu les leçons de Raphaël, Léonard de Vinci ou Michel Ange, et apportent à la Renaissance finissante encore plus de liberté et de dynamisme. La gloire de Sienne correspond à un moment limité dans le temps mais grandiose dans l'histoire de l'art et qui circonscrit la ville dans sa singularité.
Singularité mais aussi exemplarité de Sienne, cette ville illustre la réalité des échanges qui ont contribué à la formation d' un ensemble culturel européen. Née à la fois de la beauté et la richesse du lieu et du génie des hommes, elle a assimilé la tradition et de multiples emprunts. Le nord lui a donné non seulement le gothique mais aussi des techniques nouvelles telle le « chiaroscuro ». La renommée de « L'école de Sienne » a entrainé ses peintres à l'étranger où ils diffusèrent la Renaissance italienne. Ainsi Pacchia semble avoir rejoint le Rosso à Fontainebleau pour le plaisir de François Ier. Auparavant, Martini demandé par le pape Benoît XII, participe au décor de Notre Dame des Doms à Avignon où il meurt en 1344. D'autre part la peinture siennoise confirme qu'au Moyen Age les villes cernées de remparts et les frontières fortifiées autorisaient les relations jusqu'à Constantinople. Ainsi surgit l'évidence de notre proximité passée avec la « Deuxième Rome » elle qui fut la gardienne de notre culture antique et qui en nous offrant l'art byzantin initia l'Europe à l'Orient.

Josette Delluc 

20100303

Europa Geist ?

Christian Ruby
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            Les sondages d’opinion nous donneraient-ils les moyens d’observer la naissance d’un esprit européen dans la tête des jeunes générations ? Est-ce possible ? Est-ce en cours ? Et sur quelles bases ? Quelques enquêtes récentes nous proposent des résultats intéressants sur ce plan. Où l’on apprend aussi à distinguer les avantages européens et la conscience de soi européenne. Vieux débat en somme, qui se renoue sous nos yeux autour de nouvelles perspectives.

Genç nesillerde "Avrupalı düşünce" oluşmaya başladı mı ? Bu mümkün mü ?  Oluşmaya başladıysa bu düşünce yapısının dayanağı nedir ? Yapılan anketler bu konuda enteresan sonuçlar ortaya koymakta. Eski ancak tarihi bir türlü geçmeyen bu tartışmanın her geçen gün yeni perspektiflerle değerlendirmek gerekiyor.



            Das sei für Sie selbstverständlich. Die Jugend sei « internationaler und europäischer, ohne sich dessen bewusst zu sein », sagt Manfred Zentner, von Jugendmarktforschungsinstitut « t-factory ». Indem die unter 25-Jährigen viel unterwegs sind und mehr, aber auch besser Fremdsprachen sprechen, entsprächen sie zwar den Erwartungen der EU. « Bei allen Unterschieden wächst man doch zusammen ». Die Eu habe es aber nicht geschafft, ihre Errungenschaften der nächsten Generation als solche zu « verkaufen » und daraus Nutzen für ihre Poliltik und ihr Ansehen zu ziehen.
            Die erste Generation völlig Europäer (EU).
            Die unter 25-Jährigen sind die ersten in Europa, die nicht nur mit den grossen EU-Erweiterungen, sondern auch mit den vier Kapitalistischen Freiheiten im Binnenmarkt aufgewachsen sind : dem freien Verkher von Personen, Gütern, Dienstleistungen und Kapital. Das hat sich darauf ausgewirkt, wie, wo und mit wem sie leben. Keine andere Generation in der Europäischen Union ist heute so mobil, isst oder befreudet sich so international wie die der unter 25-Jähigen. Sie blicken über den Tellerrand und knüpfen auch im Ausland berufliche und private Kontakte.
            Allerdings ziege eine Eurostat-Studie, dass weitherin der soziale Status und die Bildung der Eltern Einfluss darauf haben, wie gebildet und wie international die nächste Generation ist. « Es gibt eine Tendenz zu Benachteiligungen. Die internationalen Beziehungen und die Orientierung nach Europa hängen vom Bildungshintergrund ab ». Je gebideter, desto eher verlassen Junge auch für mehrere Monate oder Jahre ihr Heimatland. Sie gehen in alte oder in neue Mitgliedstaaten im Osten.
            Auf das Europabewusstsein der Jungen wirkt sich der neue « Way of life » in der EU allerdings kaum aus, sind sich Experten einig : Zwar würden die Jungen gern Vorteile der EU – vom Studentenaustauschprogramm « Erasmus » über due offenen Grenzen bis zur Gemeinschaftswährung Euro – nützen. Sie würden diese aber gar nicht der EU zuschreiben oder die Union deshalb besonders schätzen.
            « Euroäischer » werde  ihre Einstellung deshalb aber nicht, meint Eva Feldmann-Wojtachnia von der Forschungsgruppe Jugend und Europa am Centrum für angewandte Politikforschung in München. Zwar seien die Jungen insgesamt positiver der EU gegenüber eingestellt als die Gesamtbevölkerung, aber auch « indifferenzierter – es ist noch nicht einmal klar, was sie eigentlich unter Europa verstehen », sagt die Forscherin. Zum einen gelte alles als selbsverständlich, was die Freizügigkeit und Mobilität betrifft, zum anderen sein das Bild diffus, was die politische Dimension « EU » betrifft.



Im Buch "Wir Europäer" von Matthias von Hellfeld finden Sie weitere Informationen über Europas Weg zu Freiheit und Demokratie.
Erschienen ist "Wir Europäer, der schwierige Weg zu Freiheit und Demokratie" im J.H.W. Dietz Verlag,



20100302

En Belgique



Etienne Ackerman
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Je suis perdu. Me baladant dans un dédale de maison liégeoise, absorbé par l’architecture atypique, je me suis perdu. Toutes ces impasses, ces rues qui ne conduisent nul part, qu’il est simple de s’y blottir, qu’il y fait froid. Petite marche arrière.

Nous quittions Paris pour Bruxelles. On m’a toujours dit que j’avais du sang belge, cinquante pour cent pour être exact... Ce cinquante pourcent vient de la branche paternelle, mais lui-même n’a pas vécut longtemps là bas. J’en ai hérité d’un gout prononcé pour les frites mayonnaises, les gaufres, la bière, mais ça c’est un tout autre problème. Certes, je m’entends en général très bien avec les peuples nordiques, peut être à cause de mon physique, et peut être mon goût pour les belles blondes, mais je mettais pour la première fois un pied en Belgique. Et lorsque nous traversions la ville, je ne m’y sentis pas chez moi. Les minces immeubles wallons trônaient inconnus, une ambiance frite avait empli l’air, une sorte d’ambiance tropicale.

Nous avions visité les musées, trainé sur la grande place où se déroulaient des festivités hivernales, bu du vin chaud accompagné de lacments. Bref nous avions essayé de faire comme, d’imiter l’archétype de vie belge tout en gardant notre côté touriste naïf.
Mais en allant vers le fabuleux Atomium, étrange monument dressé pour la science, la voiture s'enfonça de plus en plus dans ce qu’on appellerait une banlieue, ou Istanbul, Alger etc. en somme un quartier au mix populaire d’origine oriental. Un microcosme exclusivement réservé aux chanceux immigrés belges où les baraques à frites prennent forme de kebabs. Rien ici, excepté la neige, ne laissait penser que nous étions en Belgique, ou plutôt l’idée qu’on aurait put en avoir d’après le folklore.
De retour au cœur de la ville, au centre d’une grande place décoré Son et Lumière, nous avions put rassurer notre modèle belge, et même le saupoudrer d’un cocktail Disneyland du plus bruyant effet. Seulement, un peu plus tard, un tour de métro assassina définitivement ce profil, surtout dans la tête de mon père je pense, et même s’il n’avait pas réagit comme je l’espérais, mais qu’aurait-il put faire d’autre, il avait au moins conscience du changement.

Puis ce fût le tour de Bruges, ses moulins, ses disproportions, son caractère aigri, du genre vieux et mal dans sa peau : aussi belle qu’une coupe de cristal, le genre de choses qu’on ne peut pas passer à la machine. L’autochtone flamand savait faire de supers croquettes au fromage, surement pas parler Français, ou au moins lorsqu’il s’agissait d’argent. En réalité, ils ne pensent surement pas tous que nous, latinos, sommes des abrutis. Cependant, en France du moins, du moins juste dans le nord, et en Bretagne, on reste habitué à des regards amicaux inters blancs. Alors quand vous comprenez qu’entre blanc existent les racistes, automatiquement, vous comprenez que c’est pas tellement une affaire de couleur, c’est juste une affaire de con.

Enfin, nous atterrissions à Liège, qui malgré le temps laissait voir son mélange architectural étonnant. La pharaonique gare lançait une perspective européenne agréable, mais ma tante, liégeoise ne quittant peu Liège et parlant à Bianca son perroquet, m’expliqua que leurs impôts allaient s’en sentir. Plus belle perspective encore, au lieu d’acheter des centaines, non, des milliers d’objets de décoration en cristal à la limite de la surcharge visuelle, elle participera à l’histoire involontairement. Autant dire que les gens n’ont vraiment aucune idée de leur véritable influence sur le monde. Ils se baladent, pensant n’être qu’un petit parmi tant d’inconnu, et au final passent à côté de ce dont ils ont toujours rêver : une place dans l’histoire.

Et me voila perdu. Le centre de l’Europe ne sait même pas donner l’exemple d’unification, pire encore, il démontre tout l’inverse : que l’on peut vivre dans un respect fanatique de la tradition. Nier l’évidence par fierté, fuir l’autre qui déjà fuit; voila ce qui crée le malaise européen. Et la Belgique nous prouve qu’en plus de nos ancestrales querelles latines/germaniques nous avons à faire avec l’arrivée de microcosme hyper communautariste : africains et asiatiques, couplé à ceux déjà bien installés des occidentaux, le tout géographiquement séparé (quand même !). Des minorités qui vont a fortiori s’élargir, puisqu’elles rassurent, et nous renvoient notre incapacité d’intégrer l’idée d’une Europe plurielle mais unie.

C’est bien beau de dire tout ça, mais je commence à me geler dans ce dédale. La tentation est forte d’abaisser ce mur, à coup de vierge Marie, il y en a une ribambelle dans ces coins là, et elles me font presque peur. Mais Dieu, ou personne, a dût entendre ma provocation, finalement, derrière un lot de neige fondu, j’aperçois une possible sortie.

20100301

Exercices d’altérité…


Contre la dépendance aux concepts d’identité et de fixité.

Christian Ruby

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Relativement à une philosophie de la politique, centrée ou non sur l’Europe, un des enjeux contemporains reste d’élaborer et de multiplier les exercices de déprise de nous-mêmes à l’encontre des traits imposés par les processus de construction de notre identité politique et culturelle, enfermée dans la gangue du « national ». Il est vrai que cette tâche ne peut s’accomplir sans engager simultanément la transformation de notre conception de l’universel qui doit, malgré tout, demeurer notre horizon d’existence (non plus « commune » mais « collective »). Sous la notion d’exercices de l’altérité - mettant en crise les processus identitaires -, l’auteur tente ici de ressaisir la logique et les finalités de cette déprise. Ce qui rend donc cette référence à l’identité (mais pour nous surtout à l’altérité) intéressante, ce sont précisément les processus d’inscription ou d’assujettisement des individus dans/à des règles ou dans des représentations du monde, des préoccupations qui lient les individus en eux, ainsi que les exercices par lesquels ils peuvent s’en déprendre.

When dealing with political philosophy, whether related to Europe or not, one of the modern difficulties when faced with the construction of our cultural and political identity is to rid ourselves of the centrist views inherent in the perception of our “nationality”. Naturally, this occurs simultaneously to the transformation of our personal conception of the “universal”, which remains the basis of our existence, although no longer as a “common” but a “collective” perception.  Under the guise of an identity crisis exercise, the author attempts to grasp the logic and objectives of this riddance of our national centrism.  What makes this identity reference interesting is the fact that it implies that people accept being subjected to rules that govern their representation of the world, the common preoccupations that bind humans, and the exercises that enable us to try to rid ourselves of these rules.

            Unser Haus heisst Europa...
            Wir Menschen müssen uns ganz viele unterschiedliche Gegebenheiten anpassen. Warum « fremdeln » Menschen rund um die Erde, in allen Kulturen ? Das ist lange unklar. Denn wir sind Stammeswesen. Wir sind eine kooperativ aufziehende Art. Wir brauchen Helfer. Sorgt für Helfer, sorgt für Freunde, spinnt euch ein Netz. Günter Wallraff hat uns aber eine andere Situation beschreibt. Aus der schönen neuen Welt : Schwarz und Weiss, Bürger und Ausländer, … Wir sind endlich überzeugt, dass es seit langem in unserer Gesellschaft noch nie so viel Angst gab gegen Ausländer wie derzeit.

Relativamente a una filosofia politica, centralizado o no sobre Europa, lo que esta en juego contemporaneo es de elaborar y multiplicar los ejercicios de abandono de nosotros mismos, a cambio de caracteristicas impuestas por los procesos de construccion de nuestra identidad politica y cultural, encerrada en la ganga del {{nacional}}. Lo cierto es que esa tarea no puede cumplirse sin comprometer simultaneamente la transformacion de nuestra concepcion del universo que debe, a pesar de todo quedar nuestro horizante de existencia (tampoco {{comun}} pero {{colectivo}} ). Bajo la nocion de ejercicios de la alteridad –poniendo en crisis los procesos de identidad-, el autor trata de recuperar la logica y el propositode ese abandono. Entonces que hace esta referencia a la identidad (pero para nosotros en su mayoria a la alteridad) interesante, son precisamente los procesos de registros o subyugacion de individus en\a reglas o en las representaciones del mundo, la preocupacioner que vinculan los individuos a ellos, asi que los ejercicios mediante lo cual pueden desprenderse.

Siyasi ve kültürel kimliğimizin inşasının altında yatan temel sorun bu kimliğin "milli" bir çerçevede inşa edilmiş olmasıdır. Artık bu "milli kimliğimizi" sorgulamanın, üzerine geçmenin zamanı geldi. Tabii, bu kimliğimizi sorgulamak demek kendi değerlerimizi, evresensele olan yaklaşımımızı, ötekiye olan bakış açımızı tekrardan gözden geçirmek demek.  Hatta belki de daha fazlası. Öyle ki, milli kimliğin üstüne geçmek demek kendi kimliğimizden uzaklaşmak demek. Peki, insan kendinden nasıl uzaklaşabilir ? Uzaklaşıcaksa bunun için geçerli sebepler var mıdır ?  Var ise, mümkün mü ? Yazar, kitabında kendi kimliğinden uzaklaşmanın yöntemlerini ve bu uzaklaşmanın faydalarına değiniyor.



            Autour de la notion d’identité se déploient mille attitudes qui vont du discours au sentiment (entre effroyable et ineffable). Ce qui donne à la question de l’identité son extension et sa distribution, c’est qu’elle recoupe aussi bien des perspectives individuelles que des perspectives de groupes ou d’Etats. Ce qui, enfin, donne à ce qu’on appelle désormais, pour une foule de domaines, la crise de l’identité sa gravité, c’est qu’au lieu d’inviter à élaborer de l’avenir, elle semble enfermer la plupart de nos contemporains dans la nostalgie ou le ressentiment.
            Qui osera, en contrepoint, tracer des axes nouveaux, relativement à l’identité, est certain de se heurter à des difficultés de compréhension, tellement nous sommes imprégnés, pour ne pas dire accablés, du fait d’une histoire dont il faudrait reconstituer les grands traits, par le souci de ne pas cesser d’être nous-mêmes. Notre esprit est devenu si peu clairvoyant que nous pouvons à la fois célébrer le trésor de notre identité et tenir des discours sur l’autre sans jamais être ébranlé par le fait que l’autre ne saurait être extérieur à telle ou telle identité.
            En un mot, poser à nouveau le problème de l’identité de nos jours, cela devrait consister d’abord, au vu de l’expérience historique qui est nôtre, à comprendre que le problème se pose entre soi et soi. Il s’agit de savoir si de soi à soi, qu’on s’appelle individu ou Etat, on arrivera à se penser autrement que dans l’identité, autrement que par le recours à un propre qu’on voudrait bien toujours appeler « notre nature » - un « être qui est un être » (Leibniz) - et qui ne développe qu’une fonction de police.

Mise en perspective.

            Sur cet autre plan, la part de la désillusion est sans doute la plus grande. Car, finalement, n’importe quel recours à l’identité a ses lois et ses conditions mais aussi ses pièges. L’expérience fait voir que les tempêtes soulevées par l’identité sont des résultats, même si on les minore en parlant de l’intrigue de l’identité du « moi » (« qui suis-je ? », « qu’est-ce que je suis ? » [1]), l’énigme de l’identité politique [2] qu’elle soit organisée par l’Etat (France) ou non (Allemagne) ou celle de l’identité postnationale d’une Europe désormais provincialisée, l’identité de l’homo sociologicus par des enquêtes statistiques, l’identité de l’Art ou la caractérisation de l’identité cellulaire [3]. Il est donc essentiel d’essayer de comprendre ce que cette idée fait s’agiter d’énergies et de puissances qui finissent par nous gouverner. Débrouillons un peu l’écheveau des questions. Elles portent nécessairement :
- sur la manière dont une citoyenne ou un citoyen s’assujettit à une identité (ou souscrit à une proposition d’identité) ;
- ainsi que sur les conséquences de cette soumission ;
- et enfin sur les manières de nous en extraire.
Car, au fond, avec l’identité nous sommes placés du côté des assignations, de toutes ces objectivations auxquelles il est requis de se soumettre et portées, dans le temps d’un éclair à tendre ou détendre les corps. Mais :
- Pourquoi se sent-on obligé de se soucier des identités ?
- Comment nous oblige-t-on à nous en soucier ?
- Quels effets en sont attendus ou on peut en attendre ? 
            Lorsque Michel Foucault décrit les disciplines et leur fonctionnement dans nos sociétés – ces procédés sociaux visant à caractériser (les êtres), les classer et les spécialiser, en distribuant des places le long d'une échelle, en répartissant les individus autour d'une norme à respecter, incluant une hiérarchie qui disqualifie ceux qui ne s'y soumettent pas [4] - il répond effectivement à ces trois questions, en profilant l’idée selon laquelle la gestion des populations par des systèmes d’identité – reliant d’ailleurs éventuellement identité et pastorale du pouvoir - vise à encadrer des masses, de manière interne, en assurant l’ordonnance des multiplicités au profit du Même. Et si la société qui se contemple dans son identité soupire d’aise, c’est qu’elle peut exercer son contrôle sur les êtres et les choses, au prix de l’exclusion de ce qui se donne pour « autre ».
            Il convient donc se demander comment chacun se résout à se plier à cette logique de l’identité, à s’assujettir à ce qui « fait identité » ? Pourquoi chacun se dépense afin de s’identifier à telle ou telle entité, et pour se constituer dans un tel cadre ?  Comment et en vue de quoi accepter ce qui « fait identité » ? D’autant que la catégorie du statique innerve cette logique destinée à contourner une autre histoire envisageable.

Une affaire de régime de partage.

            Cette question controversée des rapports du même et de l’autre, Rancière n’est pas sans remarquer qu’elle n’est pas seulement cantonnée à des énoncés erronés, elle soumet nos esprits à des épreuves sans nombre. Tantôt les discours privent l’une des notions de l’autre – sacralisant soit l’identité soit l’autre -, tantôt ils considèrent ce couple comme insécable et le figent, tantôt ils renvoient ce couple à un principe immuable [5].
            Au cœur de ces énoncés se met en scène une manière particulière de poser les problèmes, puisque chaque terme semble absorbé dans une sphère propre. De surcroît, l’identité est systématiquement privilégiée, conçue en tête à tête avec soi-même – âme du lieu, identité nationale, singularité d’un pays, facteur d’unité, socle de valeurs et de principes. Au point que les belles âmes qui ont de la peine à voir l’autre exclu renversent seulement les privilèges et s’astreignent à dénoncer l’identité en faveur d’un autre non moins isolé [6].
            Il n’est pas difficile d’apercevoir que ce choix de l’isolement des termes produit un double aveuglement politique sur le fait qu’au cœur de l’identité se loge le déni de l’autre. A son encontre, il ne faut pas craindre de faire remarquer à tous ses adhérents que la référence à l’identité politique accompagne des politiques de la clôture sur soi, une organisation, des directives, des mœurs, qui sont corrélativement des politiques (du déni) de l’autre : des politiques actives de l’exclusion, de la mise à l’écart, de la différenciation. En ce sens, sans paradoxe, il y a bien des politiques de l’autre au sein des politiques de l’identité [7]. Ces dernières contiennent des politiques qui n’ignorent pas l’autre, mais le traitent d’une certaine manière, fût-ce en le faisant ignorer, en le rendant invisible, en lui ôtant la parole [8]. Enfin, ces mêmes politiques ne sont pas sans susciter, toujours en leur sein, des morales de l’autre, de l’autre sur le sort duquel se pencher, de l’autre à intégrer, de l’autre pris souvent pour un modèle pur d’une autre « identité ». Des morales de la « belle âme » .
            Cette remarque, outre qu’elle est faite pour déconcerter ceux qui prétendent que les politiques de l’identité ignorent l’autre ou qu’il existe une pureté de l’autre décelable à l’envers de l’identité, frappe par le fait qu’elle offre aussi les éléments principaux d’un autre mode de penser.
Il faut donc désormais penser cette question en termes de « régimes ». Il importe d’éviter de se focaliser sur les mots, comme s’il s’agissait de fétiches (essences). L’identité n’est pas un identique enfermé sur lui-même, mais quelque chose qui devient identique par distinction. L’autre n’est pas immédiatement autre parce qu’on parle de l’autre. Il convient de comprendre qu’il existe moins l’identique et l’autre, que des régimes de pensée et d’effectuation dans lesquels l’un et l’autre entrent en des rapports différents. Le problème est moins celui du couple identique et autre (ou même et autre) que celui de la manière dont on oppose dans ce couple le même et l’autre.
            Supposons donc qu’il n’existe que des régimes de partage de ce type. Le problème n’est plus de savoir si l’on peut opposer une politique de l’autre à  une politique de l’identité, mais, puisque l’identité enveloppe une dimension de l’autre, celui de savoir comment s’agencent l’identité et l’autre dans ce cas et comment il est possible de penser des configurations différentes de rapports. Il en résulte qu’il est possible de déceler au moins trois régimes de partage de l’identité et de l’autre : le régime de l’un-identique déterminant une politique d’exclusion et une morale charitable, le régime de l’un-dialectique ordonnant une intégration de l’autre, le régime de l’autre non-compté attaché à déplacer le compte de l’identité, notamment à partir des figures actuelles de l’altérité : SDF, immigré, exclu.
Nous verrons s’il est possible d’en ajouter un quatrième (celui de l’altérité).

La culture de l’un-identité : un discours SUR l’autre.

            Concevons cette culture de l’un-identité comme un premier régime de partage de l’identité et de l’autre. L’autre y est bien inclus, sous le mode d’un discours SUR l’autre, au besoin sous le mode d’un apitoiement.
            Quand nous parlons de ce régime de l’identité, nous référons aux politiques et aux discours les plus courants portant sur l’identité : on affirme qu’il « faut qu’il y ait de la cohérence » [9] dans un groupe et on la confond avec l’identité et/ou l’universel [10]. Mais pour remarquer aussitôt qu’au-delà du mythe qu’ils véhiculent quant à une identité « naturelle », cette identité est construite, et les politiques en question sont elles aussi des constructions historiques. Tout en égrenant les « vertus » d’un « propre » (essence, nature, commun, universel abstrait [11]), qui cachent le fait que les identités objectivent des situations et réduisent par là la puissance d’agir des individus, une telle politique institue une distribution des places dans la société : les inclus et les exclus [12]. Même le « propre » le plus intégriste, prétendument le plus pur, relève d’un partage qui implique un litige possible, certes masqué/gommé.
            On est donc bien en droit de poser la question de savoir quelles sont les politiques de l’autre susceptibles d’être rencontrées dans les politiques de l’identité. Là où ces politiques veulent s’édifier sur l’identité (ce qui relève du choix et non de la nécessité), un « propre » identifié à la cohésion, l’unité et l’universalité (au demeurant abstraites), un « propre » qui deviendrait une « loi  naturelle » d’un peuple ou d’une culture, la politique se donne pour mission d’en être la gardienne. Elle cherche effectivement à fonder le commun sur ce propre. Dès lors, l’autre fait non moins l’objet d’une politique, une politique de rejet, de contrôle. Il est bien posé au sein même de la politique de l’identité.
            C’est ainsi que l’action de cette politique produit un double effet : celui d’un rejet actif, et celui d’un déploiement humaniste de l’autre, visant à lui « faire sa place », à le « sauver » de la situation qui lui est faite, en lui accordant tout de même une identité, en dénonçant uniquement l’emploi de la force de l’identité.
            Cette politique de l’autre incluse dans la politique de l’identité, ce régime de partage de l’identité et de l’autre, tient essentiellement dans un discours SUR l’autre. L’autre n’est pas identifié dans l’identité mais en dehors, et il est rabattu par certains sur son « propre » propre.
            Une certaine confrontation politique dans ce cadre peut sans doute provoquer l’émergence d’une revendication inversée : celle de « minorités » qui peuvent revendiquer une identité contre l’hégémonie de la culture de l’identité et donc de l’identité dominante. Qu’il existe des raisons immédiatement politiques à cette revendication, chacun peut le comprendre. Il n’en reste pas moins que la prétention est fautive. Les deux formes politiques « reposent sur la même identification discutable » [13]. Toutes deux font croire qu’il existe des « lois naturelles » de la société.
            Et au final, des résistances se font jour, qui jouent le rôle de l’intraitable à l’extérieur du jeu déterminé par la politique de l’identité.

Une politique de l’autre dans une dialectique de l’identité : un discours POUR l’autre.

            Deuxième régime de l’autre : il se fonde sur une autre construction, et sans doute dans une certaine reconnaissance de l’incommensurabilité de l’autre par rapport au régime précédent de l’identité. Par conséquent, il contribue à modifier autant la conception de l’identité que celle de l’autre. Ce régime, comme nous allons l’observer, s’expose, de ce point de vue, dans un discours POUR l’autre, mais dans l’objectif d’en absorber les traits.
            Evidemment, nous pouvons considérer que nous nous trouvons alors devant une autre politique possible de l’identité. Une politique apparemment critique des identités figées, au profit d’un mouvement qui engloberait l’autre, qu’on accepterait de reconnaître comme tel. La finalité de ce régime de l’identité ? Un coup d’œil suffit à faire comprendre que nous passons là du rejet de l’autre à l’idéal de son intégration dynamique. Dans ce cadre, la politique de l’autre, le plus souvent, consiste seulement à reconduire l’autre vers l’identité, grâce à un discours POUR l’autre, c’est-à-dire un discours pour que l’autre soit pris en compte, inclus. Ici l’autre peut se dire autre, mais relativement à son inclusion dans le même.
            Cette politique de la « cause de l’autre » [14] renverse la précédente au lieu même de son échec, mais pour produire un autre désespoir. Le raisonnement consiste à affirmer l’existence d’une identité première, masquée par une oppression (un universel abstrait). Et la lutte du peuple devient alors conquête d’une nouvelle humanité qui ressaisit son identité première. L’histoire et la politique deviennent les processus qui font vérité de l’identité, en laissant croire qu’il y a un sujet qui exerce ontologiquement la puissance de rupture à partir de sa position d’autre [15].
            Que ce jugement soit illusoire ou non, qu’il tienne ou non à la dialectique hégéliano-marxiste de l’homme et du peuple révolutionnaires [16], il se déroule de la manière suivante : l’identité passe en altérité du fait des rapports de domination en cours, puis elle se reprend en se dépassant dans une identité nouvelle, supérieure. En un mot, le peuple a été arraché à lui-même. Mais les épreuves de la lutte lui ont permis un devenir-peuple identique désormais à la voix propre d’une vérité retrouvée [17].
            Illusions et désenchantements au terme de la lutte pour la reconnaissance ? L’intraitable est finalement absorbé dans l’identité, même si l’universel est devenu dynamique.
           
Un système d’inversion : un autre identique à soi.

            Il ne faut pas craindre maintenant de tout renverser, en prenant en compte un autre régime qui cette fois est moins centré sur l’identité que sur la figure de l’autre. Mais cet autre régime de l’autre revient exactement aux mêmes formules que celles de l’identité, par simple renversement.
            Ce régime de l’autre reconstruit une ontologie autour de l’autre, en le pensant comme un hétérogène réel (une puissance ontologique de l’exception), séparé, identifiable par son essence même. Il affirme l’existence d’une puissance pure de la différence, soit sous le mode de l’autre pur, soit sous la formule de la multitude infinie et dispersée.
Ce fondamentalisme de l’absolument autre nous renvoie évidemment au premier régime de l’identité, par inversion. Il est clair que l’idée de l’autre qu’il nous propose n’impose aucune transformation réelle de la politique. Ce régime de l’autre échoue à poser des transformations importantes du monde.

Un discours DE l’autre.

            Nous venons de définir 4 régimes possibles de l’identité et de l’autre qui ont tous pour propriété de porter sur le monde un regard entièrement enfermé dans une opposition simplifiée entre l’identité et l’autre. La description des expressions favorites de ces régimes nous reconduit en permanence vers une tendance à la naturalisation des rapports entre l’identité et l’autre, ou au mieux vers une mobilisation réciproque mais qui se contente de jeux potentiels de renversement.
            La question posée par Rancière est évidemment de savoir comment nous pouvons nous extraire de ce jeu d’essence et de renversement. La théorie des régimes d’identité est édifiée pour ce faire. En déplaçant le problème vers ce concept de régime, elle espère clairement donner les moyens de penser autrement.
            En effet, cette théorie des régimes veut aboutir à ceci : il est possible de déplacer les conceptions des régimes d’identité vers une conception des régimes d’identification qui permette de réfléchir sur les processus d’identification-désidentification et sur la possibilité de renouveler le discours sur l’universel. Ce quatrième régime de partage produit alors un discours DE l’autre, au deux sens objectif et subjectif du génitif utilisé dans la formule.
            Dans un premier temps, à l’encontre des faux débats entrepris jusqu’ici, Rancière fait droit à la compréhension et à l’élaboration d’un dispositif politique de subjectivation, dont vont ressortir les impasses des positions précédentes. Et en sortir en déplaçant les problèmes, puisque la subjectivation consiste à apprendre à se désidentifier d’un rapport d’identité dans lequel on est pris, à se désidentifier par rapport à un certain soi, et à se produire autre. Mais en même temps, cette subjectivation s’accomplissant dans le même, oblige simultanément à comprendre qu’on ne peut se mettre à la place de l’autre exclu par la même politique. Le « se produire autre » dans le même rencontre le problème posé par l’autre, mais cette fois en apprenant à ouvrir un espace de communauté autre.
            En un mot, dans la subjectivation, le sujet se constitue en prenant les phrases d’une autre (qui domine), afin de défaire le rapport identitaire à soi dans lequel cet autre l’enfermait : au XIX° siècle, au cœur de la nuit des prolétaires, l’ouvrier – au sens d’identité définie par son activité nécessaire – devenait ouvrier – au sens de sujet politique – en cessant de parler ouvrier. Par là la scène du même et de l’autre se dédouble. La subjectivation se joue non dans le rapport d’un devenir soi à une altérité fondamentale mais dans l’opposition de deux topographies, de deux distributions du même et de l’autre. Ce qui fonde l’émancipation n’est pas la liberté à conquérir ou retrouver d’un autos (auto-nomie) mais l’égalité, un pur rapport nécessaire à présupposer pour toute inégalité passant par une symbolisation.
            La subjectivation, qui redistribue les rapports du même et de l’autre, devient une forme de l’action politique dans laquelle la forme globale de la communauté peut entrer en reconfiguration. Elle le « peut », ce qui ne signifie pas qu’elle le fasse obligatoirement. Question ensuite de rapports de force.

Conclusion.

            Un quatrième régime de partage ? L’altérité comme rapport.
            Conséquence : l’universel ne doit pas être pris pour une chose, ni identité. Mais il faut penser des processus : tout universel existant, comportant des statuts, est fracturé, il faut apprendre en lui à se désidentifier (sans recourir à une autre identité dont on fait une « nature »), et se battre pour un nouvel universel.




[1] On connaît la réponse de Michel Foucault à une telle question : « Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c’est une morale d’état-civil », L’archéologie du savoir, 1970, Paris, Gallimard, 1982, p. 28.
[2] Vincent Duclert, La France, une identité démocratique, Les Textes fondateurs, Paris, Seuil, 2008 ; Collectif Savoir/agir, Identité nationales : le retour des politiques de l’identité, Paris, Editions du Croquant, n°2, 2008.
[3] Nous nous en tenons à la sphère des normes de conduite politique ou éthique, ou comme nous le verrons ensuite aux jugements et exercices esthétique, tout en suggérant quelques pistes orientées vers les sciences sociales : par ex. la question de la lutte nécessaire contre les habitudes de pensée en sociologie, comme le suggère Bernard Lahire, notamment celles qui tournent autour de l’identité sociale par fait de statistiques (La culture des individus, Paris, La Découverte, 2004, p. 718).
[4] Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.
[5] Un archè, Op.cit. p. 229.
[6] Op. cit., p. 202sq, La cause de l’autre.
[7] Ou des failles sans cesse reconduites dans les identités et les classifications sociales. A ce titre, si on veut lutter contre elles, il ne convient de s’imaginer qu’on va créer des failles dans les identités, il faut comprendre qu’on doit les repérer, les prolonger et les amplifier.
[8] La Mésentente, Paris, Galilée, 1995, p. 45. L’identité imposée par la police se caractérise par l’ensemble des déterminations par lesquelles l’Etat assigne les citoyens à telle ou telle place.
[9] Rancière, pour ce propos, cite par exemple Bruno Etienne, Aux bords…, op.cit., p. 207.
[10] Aux bords…, Op.cit, p. 13. « Les passions de l’Un qui exclut sont plus primitives, plus dévastatrices que les troubles de la multiplicité » ». Ce qu’on retrouve dans la logique de la tradition de la philosophie politique :
-         « la politique est l’art de transformer la loi du multiple démocratique en principe de vie communautaire » (p. 15).
-         « la politique exprime « l’essence-une de l’être en commun », soit l’identité ; p. 16.
-         la politique se fait identification à la manifestation de l’unité et de l’identité de la cité (p. 114).
-         La politique cherche le propre, l’identité, l’unité (p. 114).
[11] Nous appelons ainsi l’universel pris dans une logique de l’identité (une logique du semblable). Cf. la tradition libérale : il est le fondement ou l’idéal de la communauté auquel on oppose les situations particulières. Dans ce cas, il fonctionne comme une valeur et comme un enfermement.  Et c’est en général dans ce cadre que sont nées les postures identitaires. Elles prétendent qu’il existe des identités-essences.
[12] Le politique, le gouvernement et la police se conjoignent ici, du côté de l’identité (Aux bords…, p. 112), le gouvernement organisant le rassemblement des hommes en communauté et leur consentement, en distribuant hiérarchiquement des places et des fonctions (idem, p. 112).
[13] Aux bords…, op.cit., p. 115. 
[14] Aux bords…, op.cit., p. 204.
[15] Rancière pense dans ces termes les raisonnements dialectiques tenus autour des « résistances », de la part de Jean-Paul Sartre et de Pierre Bourdieu.
[16] Aux bords…, op.cit., p. 206.
[17] Il s’agit de la dialectique de la perte d’identité et de la nécessité d’en retrouver une (Aux bords…, op.cit., p. 206).